Un site de promotion du suicide à l’origine de 50 morts britanniques

24 Oct, 2023

Une enquête de la BBC dénonce l’inaction des autorités britanniques au sujet d’un site web promouvant le suicide[1], en dépit de « multiples avertissements officiels »[2]. Le site serait lié à « au moins 50 décès au Royaume-Uni ». Les familles réclament une enquête.

Un forum hébergé à l’étranger

Hébergé à l’étranger de façon anonyme, et « bien connu des personnes qui luttent contre la dépression et les idées suicidaires », il compte plus de 40 000 membres dans le monde entier. Plus de deux millions de messages ont été postés, dont beaucoup sont « horriblement explicites ». Le forum est accessible aux mineurs. La plus jeune victime recensée avait 17 ans.

Personne ne sait qui administre le site actuellement, mais selon l’enquête de la BBC, Lamarcus Small, un résident de l’Alabama, a participé à la création du forum après qu’un fil de discussion pro-suicide similaire a été banni du forum de discussion Reddit.

De nombreuses victimes

Callie Lewis avait été diagnostiquée comme autiste alors qu’elle était jeune. Elle luttait contre une dépression chronique et des pensées suicidaires. Après avoir passé un mois sur le forum et fait des recherches sur « une nouvelle méthode de suicide », elle a acheté « du matériel » qu’elle a ensuite utilisé pour mettre fin à ses jours. L’enquête sur sa mort a mis en lumière le rôle joué par le forum.

De son côté, Joe Nihill, 23 ans, originaire de Leeds, a découvert le forum en avril 2020. Il a passé un mois en ligne à échanger des messages avec d’autres utilisateurs du forum et à recevoir « des conseils sur la manière la plus efficace de mourir ». La mort de Joe a déclenché un nouvel avertissement du médecin légiste.

Le forum a également retenu l’attention de la police britannique après la mort de Tom Parfett, 22 ans, en octobre 2021. Tom avait acheté du poison à Kenneth Law, un vendeur canadien « bien connu » dont les coordonnées étaient « largement diffusées » sur le forum. Après son arrestation en mai dernier, la police canadienne a découvert qu’il avait expédié le même poison à des centaines d’acheteurs dans le monde entier (cf. Suicide assisté : Un Canadien arrêté pour avoir donné des “conseils”).

Des mesures à venir ?

Si les sites web de Kenneth Law ont été supprimés, le forum reste en place, et les utilisateurs peuvent désormais trouver des informations sur d’autres fournisseurs ou d’autres méthodes de suicide.

Le Gouvernement britannique affirme que le projet de loi sur la sécurité en ligne, qui doit recevoir la sanction royale sous peu, devrait résoudre « bon nombre de ces problèmes ». Lorsqu’elle sera adoptée, la loi sur la sécurité en ligne comprendra en effet une nouvelle infraction pénale consistant à « encourager l’automutilation ». Elle obligera les plateformes à supprimer ce type de contenu lorsqu’il leur sera signalé, affirme l’Exécutif britannique[3].

Pourtant, le site a d’ores et déjà ajouté une annonce sur sa page d’accueil affirmant : « Nous ne suivrons pas ou ne nous conformerons pas au projet de loi sur la sécurité en ligne qui a été récemment promulgué au Royaume-Uni. Ce projet de loi n’affectera pas le fonctionnement du site ». Et un autre message ajoute que « toutes les futures demandes de censure émanant d’un gouvernement étranger seront ignorées ou bloquées ».

Complément du 10/11/2023 : L’utilisation de domaines Internet des îles Anglo-Normandes pour la promotion du suicide a été bloquée. Cette décision fait suite au blocage par les fournisseurs d’accès du forum en ligne associé à plus de 50 décès.

L’entreprise qui supervise l’utilisation des domaines .gg pour Guernesey et .je pour Jersey a déclaré que cette mesure a été prise après une étude indiquant qu’il était illégal de promouvoir le suicide au Royaume-Uni, mais que la situation juridique dans les îles « restait quelque peu floue ».

Complément du 22/07/2024 : Selon des conclusions publiées le 22 juillet, un médecin légiste néo-zélandais a formellement établi un lien entre quatre décès et la vente de « kits de suicide » achetés en ligne auprès d’entreprises liées au Canadien Kenneth Law. L’enquête a porté sur le décès de trois étudiants, âgés de 18 à 21 ans, et celui d’une autre personne de 40 ans.

 

[1] La BBC a délibérément choisi de ne pas révéler son nom.

[2] De « nombreux avertissements » adressés au Gouvernement par des médecins légistes et « un certain nombre d’enquêtes de police »

[3] Le DHSC (Department of Health and Social Care) indique s’être engagé à réduire le taux de suicide en Angleterre en deux ans et demi grâce à une nouvelle stratégie nationale de prévention du suicide, « soutenue par plus de 100 mesures, y compris un système d’alerte national ».

Sources : BBC, Angus Crawford et Tony Smith (24/10/2023) ; BBC (09/11/2023) ; IOL (22/07/2024) – Photo : Niek Verlaan de Pixabay

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