Insuffisance cardiaque : nouveau protocole de thérapie génique

Publié le : 27 juillet 2011

Une étude* menée sur le porc montre l’innocuité et l’efficacité d’un protocole de thérapie génique pour prévenir et inverser l’insuffisance cardiaque ; il est prêt à être évalué chez l’homme.

Un certain nombre de maladies cardiaques, dont l’infarctus du myocarde, évoluent vers l’insuffisance cardiaque qui se caractérise par l’incapacité du ventricule gauche à maintenir un débit sanguin suffisant.

Conduite par le Dr Patrick Most, chercheur à l’université d’Heidelberg en Allemagne et à l’université Thomas Jefferson de Philadelphie aux Etats-Unis, cette thérapie génique, relatée dans Science Translational Medicine, consiste à administrer, par l’intermédiaire d’un vecteur viral adréno-associé type 9 (AAV9), le gène S100A1 qui code une protéine régulatrice calcique de la contractilité du myocarde. La performance contractile du myocarde se détériore progressivement au cours d’une insuffisance cardiaque.

Depuis 15 ans, l’équipe des Drs Patrick Most et Walter Koch étudie la protéine S100A1 qui régule dans les cardiomyocytes le cycle du calcium intracellulaire. Chez l’homme comme chez les animaux, lors d’une insuffisance cardiaque, le taux de S100A1 se réduit peu à peu, parallèlement à la diminution de la fonction contractile. Les chercheurs avaient déjà montré il y a 5 ans que l’injection du gène S100A1 dans un modèle murin d’insuffisance cardiaque permettait de restaurer la fonction cardiaque. Cette fois, leur étude a porté sur le porc, un modèle plus proche de l’homme et récapitulant les caractéristiques cliniques de l’insuffisance cardiaque humaine. Des cochons présentant une insuffisance ventriculaire gauche contractile importante ont ainsi reçu, par injection coronarienne, la thérapie génique AAV9-S100A1 dans le myocarde ventriculaire gauche non infarci (non touché par l’infarctus). Après 14 semaines, les taux cardiaques de la protéine S100A1 étaient rétablis chez les cochons bénéficiaires de la thérapie, ce qui a permis d’améliorer la performance cardiaque et de prévenir un remodelage ventriculaire néfaste. Aucun effet secondaire n’a été observé et l’expression du gène thérapeutique n’a pas été constaté en dehors du coeur.

Selon le Dr Most, "ce travail ouvre la voie à un essai clinique". Il s’agit d’une thérapie qui "va au coeur de la maladie", explique le Dr Koch. "Elle fait que le cœur bat plus fort et surmonte les lésions des précédentes crises cardiaques. C’est le prochain événement important dans l’insuffisance cardiaque".

* Science Translational Medicine, "Cardiac AAV9-S100A1 Gene Therapy Rescues Post-Ischemic Heart Failure in a Preclinical Large Animal Model", Sven T. Pleger, Changguang Shan, Jan Ksienzyk, Raffi Bekeredjian, Peter Boekstegers, Rabea Hinkel,  Stefanie Schinkel, Barbara Leuchs, Jochen Ludwig, Gang Qiu, Christophe Weber, Philip Raake, Walter J. Koch, Hugo A. Katus, Oliver J. Müller and Patrick Most, 20/07/11

 Le Quotidien du médecin (Dr Véronique Nguyen) 25/07/11

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