IA : l’ONU appelle à promouvoir des systèmes « sûrs, sécurisés et dignes de confiance »

Publié le 25 Mar, 2024

Le 21 mars, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution encadrant l’usage des systèmes d’intelligence artificielle (IA). C’est la première fois que l’Assemblée adopte une résolution appelant à mettre en place des « normes » dans ce domaine.

Le texte, présenté par les Etats-Unis, a été approuvé par les 193 Etats des Nations Unies, et « coparrainé » ou soutenu par 123 pays non membres, dont la Russie et la Chine. Il n’est en revanche pas contraignant.

« Nous naviguons en eaux troubles »

Pointant les dangers des systèmes d’IA, la résolution souligne que « la conception, le développement, le déploiement et l’utilisation inappropriés ou malveillants de systèmes d’intelligence artificielle (…) présentent des risques qui pourraient (…) compromettre la protection, la promotion et la jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales »(cf. Intelligence artificielle : « Des risques majeurs pour l’humanité »).

« Nous naviguons en eaux troubles avec une technologie qui évolue rapidement, ce qui signifie qu’il est plus important que jamais de naviguer à la lumière de nos valeurs », insiste un haut fonctionnaire de l’administration des Nations Unies (cf. Michel Onfray : « Seule une morale pourrait arrêter l’inhumanisme du posthumanisme »).

Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice et représentante permanente des Etats-Unis auprès de l’ONU, qui a présenté le projet de résolution, relève la responsabilité de la communauté internationale « de gouverner cette technologie plutôt que de la laisser nous gouverner ». « Réaffirmons donc que l’IA sera créée et déployée dans l’optique de l’humanité et de la dignité, de la sûreté et de la sécurité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » déclare-t-elle (cf. Elon Musk : l’intelligence artificielle, “une menace pour l’humanité”).

« Les mêmes droits que ceux dont jouissent les personnes hors ligne »

Le texte de l’ONU appelle à développer des approches et des réglementations permettant d’avoir des systèmes d’IA « sûrs, sécurisés et dignes de confiance ».

L’Assemblée générale demande aux Etats de « s’abstenir ou de cesser d’utiliser des systèmes d’intelligence artificielle qu’il est impossible de faire fonctionner dans le respect du droit international relatif aux droits de l’homme ou qui présentent des risques excessifs pour la jouissance des droits de l’homme ». « Les mêmes droits que ceux dont jouissent les personnes hors ligne doivent également être protégés en ligne, y compris tout au long du cycle de vie des systèmes d’intelligence artificielle » affirme l’ONU.

L’organisation invite à prendre des mesures pour protéger la vie privée, se prémunir contre les utilisations abusives, respecter les droits de l’homme, « prévenir les préjugés et les discriminations exacerbés » (cf. L’intelligence artificielle comme outil de censure ?).

Mi-mars, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait mis en garde contre les « partis pris » des technologies conçues principalement par des hommes qui peuvent donner lieu à des algorithmes ignorant les droits et les besoins des femmes. « Des algorithmes dominés par les hommes pourraient littéralement programmer des inégalités dans des activités comme la planification urbaine, la solvabilité ou l’imagerie médicale, pour des années » a-t-il souligné.

« Combler les fossés en matière d’intelligence artificielle » et de numérique

L’Assemblée générale relève par ailleurs les « niveaux variables » de développement technologique « entre et au sein des pays ». Elle constate que les pays en développement sont confrontés à des défis pour suivre le rythme rapide de l’innovation.

Afin de « promouvoir, et non d’entraver, la transformation numérique et l’accès équitable » à l’IA, elle appelle les Etats à coopérer et à soutenir les pays en développement pour « combler les fossés en matière d’intelligence artificielle et d’autres fossés numériques ».

« Engageons-nous à réduire le fossé numérique au sein et entre les nations et à utiliser cette technologie pour faire avancer les priorités communes en matière de développement durable » exhorte Linda Thomas-Greenfield

« Une voie à suivre »

La Maison Blanche se réjouit de cette résolution qu’elle qualifie d’« étape historique » afin de permettre des avancées « dignes de confiance » dans le domaine de l’IA. « Cette résolution établit une voie à suivre en matière d’IA où chaque pays peut à la fois saisir les promesses et gérer les risques de l’IA » note la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris (cf. Le Parlement européen avance sur les premières règles sur l’intelligence artificielle).

Linda Thomas-Greenfield espère, elle, que le dialogue qui a abouti à cette résolution « serve de modèle pour les discussions futures sur les défis de l’IA dans d’autres domaines », comme son utilisation militaire qui n’est pas concernée par la résolution (cf. Intelligence artificielle en santé : les recommandations de l’OMS). « Nous souhaitons que cela complète les futures initiatives de l’ONU, notamment les négociations en vue d’un pacte numérique mondial et le travail de l’organe consultatif de haut niveau du Secrétaire général sur l’intelligence artificielle », a-t-elle ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fait de la réglementation de l’IA une priorité. Il souligne régulièrement le potentiel de désinformation de ces systèmes. Il appelle par ailleurs à la création d’une organisation spécifique au sein de l’ONU, sur le modèle d’autres entités comme l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) par exemple.

 

Sources : Daily mail, Nikki Main (21/03/2024) ; TechXplore, Amélie Bottelier-Depois (21/03/2024) ; News UN (21/03/2024)

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