GPA : la « livraisons d’embryons cryogénisés », un trafic qui contourne les interdits

Publié le : 2 novembre 2020

Le journal La Croix publie un dossier sur le « marché juteux » des « livraisons d’embryons cryogénisés ». Un « trafic aux limites de la légalité », en plein boom, qui s’est développé avec les techniques de PMA.

Jake explique : « Je suis employé par une société londonienne qui m’envoie récupérer des embryons cryogénisés un peu partout dans le monde, je les transporte ensuite [dans un vulgaire sac à dos en cabine] vers d’autres pays », où ils sont destinés à des GPA. Cette pratique étant désormais interdite dans certains pays d’Asie, les couples qui y avaient entamé une procédure « doivent trouver une mère porteuse dans un autre pays »[1](cf. Après l’Inde et la Thaïlande, le Cambodge interdit la GPA, Restrictions de la GPA commerciale en Inde : Des Américains veulent récupérer leurs embryons, GPA : Trafic humain transfrontalier entre l’Inde et le Népal). « Cette fois-ci, je vais chercher des embryons en Inde et au Népal et je dois ensuite les livrer dans un pays d’Europe de l’Est », pour 2000€. Ces embryons sont cryogénisés, « c’est-à-dire transportés dans de l’azote liquide, à des températures extrêmement basses ». « Nous agissons parfois dans l’illégalité », avoue-t-il, « c’est interdit de faire sortir des embryons cryogénisés d’Inde mais nous le faisons quand même » (cf. GPA : Trafic humain transfrontalier entre l’Inde et le Népal).  Pour un autre livreur, californien, « ce n’est pas vraiment une interdiction. C’est plutôt un encadrement plus surveillé pour éviter les abus ».  Un troisième explique : « Si je suis toujours parvenu à passer entre les mailles du filet, c’est grâce à mon réseau. (…) Si l’on connaît les gens aux portiques, c’est quand même plus facile ».

Une « poignée » de livreurs « se partagent le marché mondial », dont la plupart sont implantés dans les pays anglo-saxons. Ils « garantissent un transport en cabine grâce à des accords passés avec l’Association internationale du transport aérien ». Le « service » se développe aujourd’hui « à Chypre et aux Pays-Bas ». Les pages Internet dédiées « sont désormais traduites dans plusieurs langues y compris le français ».

Son enquête mène la journaliste en Ukraine (cf. GPA en Ukraine : la souffrance des mères et des enfants, l’indifférence de l’Etat). Elle se rend dans une clinique de fertilité où elle interroge sur la possibilité de faire venir un embryon d’Inde : « Nous n’avons jamais fait ce genre de choses en provenance d’Inde, donc nous ne savons dans quelle mesure c’est possible. Mais on a entendu dire qu’un livreur s’est déjà fait saisir la marchandise et que les embryons ont été perdus. Il faut faire attention à qui vous faites appel ». Dans un autre établissement, la proposition est directe : « Pour les embryons, nous disposons d’un service de livraison. Ne bougez pas, je vais chercher mon collègue, il vous expliquera mieux que moi ». L’homme en question détaille : « Depuis sept ans, nous transportons les embryons à travers le monde par dizaines en fonction de la taille des cryoconservateurs et nous n’avons jamais eu de problème. (…) Avec une attestation de la clinique, nous avons le droit de transporter des matériaux organiques sans qu’ils soient scannés aux rayons X, ni même ouverts ».

Enfin, la journaliste termine son enquête sur le sol français : au salon « Désir d’enfant » (cf. « Désir d’enfant », le salon PMA de trop, Salon Désir d’enfant : le Procureur de la République saisi d’une plainte), qui s’est tenu au mois de septembre à Paris, elle découvre le stand d’une société de  livraison de matériaux humains cryogénisés. « Nous faisons notamment de la livraison d’embryons cryogénisés depuis dix ans dans le monde entier pour les acheminer vers des mères porteuses », déclare le représentant. « Je vous conseille de ne pas mentionner dans votre dossier que c’est pour une GPA, c’est un sujet encore un peu sensible en France, ce serait dommage que vos embryons soient stoppés avant même d’avoir commencé leur voyage ». La France a donc part à ce « business hors norme ».

[1] d’après la même enquête : Le marché de la GPA au Kenya « remplace petit à petit celui d’Asie ».

Source : La Croix, Louise Audibert (31/10/2020)

 

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