PMA et GPA : Le Salon « Désir d’enfant » de retour à Paris

Publié le 6 Sep, 2021

Les 4 et 5 septembre, le salon « Désir d’enfant » s’est tenu à Paris pour la deuxième année consécutive (cf. Salon Désir d’enfant : quand l’État français encourage par son silence et son inaction l’odieuse exploitation du corps des femmes et la vente d’enfants). « Tout un chacun pourra convenir avec un marchand étranger d’acheter les ovocytes d’une femme choisie sur catalogue, de les faire féconder sur la paillasse d’un laboratoire par le sperme du client ou d’un vendeur lui aussi sélectionné, avant de les implanter dans l’utérus d’une autre femme qui mettra sa santé et même sa vie en danger pour attendre un enfant qu’elle remettra à la naissance aux commanditaires moyennant espèces sonnantes et trébuchantes », dénonce Olivia Sarton, directrice scientifique de l’association Juristes pour l’enfance.

Ce qu’on appelle « gestation pour autrui » (GPA), « n’est en réalité qu’une exploitation moderne des femmes et une vente d’enfants », pointe-t-elle. Et de fait, « de nombreuses femmes sont mortes de grossesses en GPA, les contrats qu’elles signent avec les agences stipulent que le risque de mort est supporté par elle et leur famille », s’indigne l’association Osez le féminisme qui a protesté contre ce salon, comme le CIAMS[1] ou encore La Manif pour tous.

« L’enfant tel que je le désire »

Pour Céline Revel-Dumas, auteur de GPA, Le Grand Bluff, l’Espace Champerret s’est ainsi transformé ce week-end en « zone de non-droit », « celle d’une impunité biotechnologique et d’un laisser-faire ultra-libéral qui transforme le désespoir des couples infertiles en marché juteux, quitte à faire du corps des femmes un territoire à investir et de l’enfant un être dont on dispose à sa guise en choisissant son sexe et en surveillant de (trop) près son futur génome grâce au diagnostic pré-implantatoire (DPI) ». Ainsi, « le salon “Désir d’enfant“, c’est d’abord le salon de l’enfant tel que je le désire portraituré par Marcel Gauchet, juge-t-elle. Un enfant façonné, designé, optimisé, et donc à jamais dépendant et redevable envers ceux qui l’ont pensé et fabriqué : ses parents ».

Un salon hors-la-loi

La pratique de la GPA est pourtant interdite en France. Une « ligne rouge infranchissable », affirmait le Garde des sceaux lors des débats de la loi de bioéthique. Et les pouvoirs publics (« ministre de la Justice, préfet de Paris, préfet de police de Paris, mairie de Paris ») ont été « largement avertis et sollicités ». Des alertes restées lettre morte, comme la plainte contre X déposée l’année dernière suite à la tenue du salon la première fois. « Qu’on se le dise : il est moins risqué de violer la loi française en se proposant comme intermédiaire de GPA que pour un bistrotier de servir un café sans contrôler un passe sanitaire », pointe Olivia Sarton.

Un marché juteux

« Au même moment, des milliers d’enfants ne trouvent pas de famille d’accueil », souligne l’avocate. Pourquoi ? Parce qu’« ils n’intéressent pas les candidats à la GPA : ils n’ont pas été conçus sur mesure pour eux, sans défaut apparent », estime-t-elle. Et puis « ils ne rapportent pas d’argent », rappelle Olivia Sarton. « Alors qu’une GPA, qu’elle soit réalisée aux États-Unis pour 150 000 à 200 000 dollars, “low cost” en Ukraine à 30 000 euros, ou même faussement “altruiste“, c’est toujours de l’argent. »

En matière de marché international de la procréation assistée, « il y a d’une part la théorie – un discours aux contours altruistes – et d’autre part la pratique – bien moins reluisante », affirme Céline Revel-Dumas. Le « don d’ovocytes » en est un exemple. Alors que « le doux nom de “don” n’a pour vertu que de préserver les consciences », « les ovocytes d’une étudiante d’un mètre soixante-quinze à Harvard sont achetés 50.000 dollars », quand ceux d’une femme « ne répondant pas aux critères “haut de gamme” de la clientèle internationale » se négocient 6000 dollars.

 

[1] Coalition Internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution

Sources : Marianne, Olivia Sarton (03/09/2021) ; Le Figaro, Agnès Leclair (05/09/2021) ; Le Figaro, Céline Revel-Dumas (03/09/2021)

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