Euthanasie pour « vie accomplie » : « Saurons-nous proposer autre chose que la mort à nos aînés ? »

Publié le : 3 septembre 2020

Dans un article pour le journal La Libre, Constance du Bus, juriste, réagit à la proposition de loi visant à autoriser l’aide au suicide pour « vie accomplie » à partir de 75 ans, « en dehors de toute condition médicale » (cf. L’euthanasie des bien-portants dès 75 ans pour « vie accomplie ». Bientôt aux Pays-Bas ?). Ainsi, « une fois ses 75 ans atteints, toute personne de nationalité néerlandaise ou vivant aux Pays-Bas depuis au moins deux ans pourra demander qu’on l’assiste dans son suicide ». « Nous avons choisi cette limite d’âge parce que les personnes qui l’ont atteinte ont déjà une vie relativement longue derrière eux », justifie la députée Pia Dijkstra dans l’exposé des motifs de sa proposition.

Des cas exceptionnels ?

Aucune condition médicale mais « une litanie de conditions, tantôt formelles, tantôt plus substantielles ». Tout d’abord, « un « accompagnateur de fin de vie » devra discuter avec la personne âgée de l’opportunité d’impliquer ses proches dans la discussion ». Il devra se forger « la « conviction » que la demande de mourir est « libre, réfléchie et persistante » ». Et « qu’il n’existe pas d’autre « aide » souhaitable pour cette personne ». « Ce qui revient, paradoxalement, à considérer le suicide comme une « aide » », dénonce Constance du Bus. De plus, « chaque suicide ainsi accompli fera l’objet d’un « contrôle » a posteriori par une commission régionale ». A posteriori.

« « Les cas resteront exceptionnels », assure-t-on ». Mais « en Belgique, le nombre d’euthanasies était de 235 en 2003, contre 2 655 en 2019 », rappelle la juriste. En 2019, 4,2 % des personnes décédées aux Pays-Bas ont été euthanasiées.

Un enchaînement trop rodé

« La stratégie est hélas toujours la même en matière d’éthique, déplore Constance du Bus. Chaque nouvelle proposition est à l’origine assortie de conditions et contrôles très stricts, de quoi ne pas trop effaroucher le public. Et lorsque le pas est franchi, une fois les consciences anesthésiées par ces mécanismes « encadrant la pratique », une nouvelle proposition s’empresse de supprimer ces barrières au nom de la liberté de disposer de son corps et de la prééminence de la volonté exprimée. »

« La nouvelle proposition de loi hollandaise pose évidemment la question de la place des personnes âgées dans nos sociétés », estime la juriste. « Et plus particulièrement dans une société occidentale aisée où le PIB par habitant est parmi les plus élevés du monde (15e place pour les Pays-Bas) ». En effet, « quel signal donne-t-elle aux personnes âgées s’approchant ou dépassant le funeste cap des 75 ans ? ». Une étude[1] « a récemment été menée par des chercheurs néerlandais, centrée spécifiquement sur le groupe de personnes de plus de 55 ans désirant mourir, sans qu’elles souffrent de maladie grave », indique Constance du Bus. « Les chercheurs ont noté que le désir de mort n’était pas lié à l’âge avancé, mais, surtout, qu’il était souvent complexe et changeant : il ne se développe pas de façon linéaire, n’est pas irréversible et se trouve renforcé par des facteurs tels que l’inquiétude (de scénarios futurs ou hypothétiques), les problèmes financiers, les soucis de santé, la solitude, la dépendance et le sentiment d’être une charge pour les autres. »

Alors, la juriste interpelle : « Je lance aujourd’hui un défi à nos sociétés occidentales et, en priorité, à nos dirigeants politiques : saurons-nous proposer autre chose que la mort à nos aînés ? Ouvrons les yeux sur ce qu’ils savent encore donner, sur ceux qu’ils peuvent encore aimer. »

 

[1] Perspectieven op de doodswens van ouderen die niet ernstig ziek zijn : de mensen en de cijfers, Den Haag : ZonMw, janvier 2020.

 

Source : La Libre, Constance du Bus (02/09/2020)

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