Euthanasie, acharnement thérapeutique : définitions et réflexions …

Publié le 30 Juin, 2002

La Société de Réanimation en Langue Française (SRLF) vient fort opportunément de publier ses recommandations concernant les limitations et arrêts de thérapeutique(s) active(s) en réanimation adulte1, exprimant un refus clair de l’euthanasie et justifiant parallèlement l’interruption des thérapeutiques actives. Cette mise au point est particulièrement utile alors que l’actualité entretient une grande confusion entre l’euthanasie et l’interruption de soins disproportionnés. Pour éclairer ce débat social, il est toujours intéressant de revenir à une réflexion sur les termes.

L’euthanasie 

 

L’euthanasie est une action ou une omission dont l’intention première vise la mort d’un malade pour supprimer sa douleur. L’euthanasie est une mort imposée qui s’oppose à la mort naturelle2. La distinction entre euthanasie active et euthanasie passive n’a pas lieu d’être et n’aide pas à clarifier le débat.

 

Ceux qui revendiquent l’euthanasie justifient souvent cette demande par un refus de l’acharnement thérapeutique. Les soins de base (soulager la douleur, respecter la conscience du malade et communiquer avec lui, lutter contre la sensation de soif et de faim, respecter la pudeur, assurer l’hygiène..) sont toujours dus au malade, quel que soit la situation.

 

Thérapeutiques actives

Par contre, les thérapeutiques actives (les traitements curatifs de la maladie principale ou des complications de cette maladie comme l’infection, l’insuffisance rénale, cardiaque, respiratoire, hépatique) ne sont jamais systématiques. Les thérapeutiques actives doivent toujours faire l’objet de la part du patient d’un consentement. « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment »3. C’est en tout premier lieu le malade qui peut dire si les soins qui lui sont prodigués relèvent de l’acharnement thérapeutique,  de soins disproportionnés ou même d’obstination déraisonnable. Si le malade n’est pas capable de s’exprimer lui-même, ce sont ses proches et en l’absence de ceux-ci, des tiers extérieurs qui pourront aider à évaluer la proportionnalité des soins. Le soignant doit évaluer l’utilité des thérapeutiques actives au regard de leur proportionnalité. Il est tenu de pratiquer tous les traitements “proportionnés”.  Il n’est pas obligé, au contraire, de recourir aux traitements “disproportionnés”. Sans doute est-il même tenu de s’en abstenir.

 

Par rapport à la condition d’un malade, il faut retenir comme ordinaires, les traitements où existe un rapport de juste proportion entre les moyens employés et la fin poursuivie. Les traitements “disproportionnés ” sont ceux qui imposent au malade des contraintes importantes pour un bénéfice peu évident. Afin de préciser cette notion, la SRLF cite le pape Pie XII :« le devoir de prendre les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé … n’oblige habituellement qu’à l’emploi des moyens ordinaires… c’est-à-dire des moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi-même ou pour un autre… » Le médecin peut interrompre une tentative qui apparaît comme une charge qu’on ne peut imposer au patient ou à sa famille car « il n’y a dans ce cas aucune disposition directe de la vie du patient, ni euthanasie, ce qui ne serait jamais licite,… l’interruption des tentatives de réanimation n’est jamais qu’indirectement cause de la cessation de la vie.»4

 

Soins palliatifs

 

La distinction entre euthanasie et interruption de soins disproportionnés apparaît essentielle.  « Le médecin n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort »5. Il a le devoir de s’abstenir d’une obstination déraisonnable. Il doit tout faire pour donner au malade l’accès aux soins palliatifs.  « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement »6.

 

Cette mise au point de la SRLF sera reçue avec intérêt par la communauté des réanimateurs en néonatalogie, elle leur donnera un guide de réflexion plus solide que le rapport du Comité consultatif national d’éthique sur la réanimation néonatale7 qui légitimait l’infanticide dans « les cas où le résultat fonctionnel est mauvais mais où l’enfant continue à vivre ».

 

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