En Inde, elle enfante pour la première fois à 70 ans

Publié le 2 Déc, 2021

C’est un miracle ! Une Indienne de 70 ans a donné naissance, en septembre, à un bébé en bonne santé. Originaire d’un petit village, elle ne possède pas de document attestant de son âge exact, estimé entre 65 et 70 « printemps ». Elle est mariée depuis 45 ans. Son mari est âgé de 75 ans. Ils n’avaient jusqu’à présent pas réussi à avoir d’enfant. Le petit garçon conçu par fécondation in vitro est né par césarienne au huitième mois de grossesse, en raison d’un problème d’hypertension[1][2]. Les parents faisaient deux fois par mois un trajet de 150 kilomètres en bus pour se rendre à la clinique. Pour le suivi de la grossesse, ils étaient pris en charge par une équipe multidisciplinaire d’une dizaine de médecins [3].

Déjà, en 2019, une Indienne de 74 ans avait donné naissance à des jumelles, après 57 ans de mariage sans enfant. Une fécondation in vitro (FIV) avait été réalisée à partir du sperme du mari, alors âgé de 82 ans. Mais, le « jeune père » avait été victime d’un AVC dès le lendemain de la naissance.

De même, selon le Guinness des records, une espagnole avait accouché à 66 ans en 2006. Elle avait eu recours à une fécondation in vitro en Californie, après avoir menti sur son âge. Bien que nés à terme, les jumeaux pesaient 1 600 grammes à la naissance. Elle est décédée des suites d’un cancer des ovaires, probablement lié au traitement hormonal imposé par la FIV. Ses enfants étaient alors âgés de deux ans et demi.

Des problèmes éthiques et médicaux

L’expert en obstétrique Sunil Jindal s’interroge sur l’avenir d’un enfant né de parents âgés. « Il y a des questions d’éthique. A mon avis, il n’est pas justifié de faire bénéficier de ce traitement une femme de plus de soixante ans », a-t-il déclaré. Pour la gynécologue, Anshu Jindal, « ce n’est pas un âge pour avoir un enfant ». La spécialiste tente de décourager les femmes de plus de 60 ans de suivre un traitement contre l’infertilité. Ceci alors qu’en Inde, les grossesses ultra-tardives se multiplient[4].

De même, en France, la gynécologue Joëlle Belaïsch-Allart assurait qu’« une grossesse après 50 ans est une folie ». Fausse couche, malformation de l’enfant, prématurité, graves problèmes de santé pour la mère, le professeur Vassilis Tsatsaris, chef de service de la maternité de Port-Royal, à Paris, affirme qu’« il y a beaucoup de problèmes sur les grossesses très tardives. C’est vraiment émergeant ». Plusieurs études font état de risques pour les enfants nés d’un père de plus de 60 ans, tels que des problèmes de santé mentale (schizophrénie, trouble bipolaire) ou d’autisme (cf. Les procréations médicalement assistées demandées par des couples âgés « ne doivent-elles pas être découragées » ?). Mais, aucune donnée n’est pour l’instant disponible sur l’évolution sociale et psychologique de ces enfants nés de mères âgées[5].

Et l’enfant ?

Ces grossesses tardives interrogent aussi sur le bien-être de l’enfant. La psychologue Elisabeth Darchis relève plusieurs profils de parents : « Ce sont souvent des personnes qui ont placé leur épanouissement personnel dans un plaisir tourné vers soi et non vers l’autre ». « Dans d’autres cas, c’est le poids de l’histoire familiale qui a fait repousser l’échéance de devenir parent ». Finalement, le risque serait de donner naissance à des « enfants-rois », « non tant pour le plaisir de l’enfant que pour leur propre plaisir ».

Il arrive que ces nouveaux parents soient rattrapés par une réalité qu’ils ont idéalisée. Une indienne qui a accouché, en 2016, à l’âge de 70 ans, de son premier enfant avait déclaré : « Depuis qu’il a commencé à marcher à quatre pattes, je suis obligée de le suivre tout le temps et c’est dur. Mon corps n’arrive pas à supporter, c’est différent de ce que j’imaginais ». Elle avait même avoué « s’inquiéter pour la santé et la sécurité de son fils » (Cf. En Grande Bretagne, les services sociaux placent la fillette d’un couple âgé, née d’une GPA).

[1] The Irish Sun, Bundle of joy (19/10/2021)

[2] Le Progrès, Insolite Une Indienne donne naissance à son premier enfant … (21/10/2021)

[3] 20 Minutes, Inde: Elle accouche à 70 ans de son premier enfant, un problème d’éthique selon le monde médical (12/05/2016)

[4] Le Parisien, Grossesses tardives : « Ça valait le coup de tenter » (23/02/2016)

[5] Magic Maman, Grossesse tardive : quel impact psychologique ? Julie Benoit

 

 

 

Partager cet article

Synthèses de presse

PMA : banque de sperme ou site de rencontre ?
/ PMA-GPA

PMA : banque de sperme ou site de rencontre ?

Une femme célibataire d’une trentaine d’années a été surprise par les similitudes entre une banque de sperme et les sites ...
« Réaliser un humain parfait, ce serait le désocialiser »
/ Génome, Transhumanisme

« Réaliser un humain parfait, ce serait le désocialiser »

Pour Jean-Marie Besnier, "si la prise de pouvoir des technologies sur l’humain se confirme, nous irons vers une hyper-individualisation" ...
19_gpa_enfant
/ PMA-GPA, Tous les autres thèmes

Ukraine : la GPA plutôt que l’adoption internationale ?

La proposition de loi Limon limite "encore un peu plus" la possibilité pour les familles françaises de recourir à l’adoption ...

Textes officiels

Fiches Pratiques

Bibliographie

Lettres