Dons d’organes en France : l’opposition augmente, les prélèvements Maastricht III aussi

Publié le 3 Oct, 2022

Le rapport annuel de l’Agence de la biomédecine (ABM) a été publié pour l’année 2021. Parmi les bilans qu’elle dresse, celui du don d’organes en France. En 2021, les greffes sont en hausse de 19,3% par rapport à l’année précédente, marquée par le contexte sanitaire. 5 276 greffes ont été réalisées à partir de 1 589 donneurs décédés et 522 donneurs vivants. Depuis un arrêté du 5 juillet 2021, les personnes porteuses du VIH sont autorisées à donner leurs organes sous certaines conditions. Donneur et receveur feront l’objet d’un suivi particulier.

L’agence déplore une hausse du taux d’opposition passé de 30% en 2017 à 33,7% en 2021, ainsi que le « bas niveau » des « donneurs pédiatriques ». Depuis deux ans, le taux d’opposition s’élève à 48% pour eux.

Les prélèvements Maastricht III au cœur du dispositif ?

« La progression observée en 2021 concerne surtout les prélèvements de type Maastricht III (gain de 66 donneurs, +43,7% en 1 an) », se réjouit l’agence. Des prélèvements qui représentent désormais 10,4% du total des greffes en France, précise le Pr François Kerbaul, directeur du prélèvement et des greffes d’organes et de tissus à l’ABM[1].

L’année dernière, 45 centres étaient autorisés à pratiquer des prélèvements de ce type. Une procédure qui consiste à prélever des organes sur une personne décédée après un arrêt circulatoire, suite à un arrêt ou à une limitation des traitements.

Sur 559 « donneurs recensés », seuls 340 étaient « éligibles ». Parmi les raisons de cet écart, un taux d’opposition en hausse passé de 32,7% en 2017 à 37,7% en 2021. Pour 6 donneurs potentiels, c’est un « problème d’arrêt circulatoire » qui est invoqué pudiquement par l’ABM. En d’autres termes, une phase d’agonie qui a duré plus de 3 heures.

Les donneurs sont en majorité des hommes, en moyenne âgés de 54,8 ans. En 2021, un donneur était mineur. Les motifs invoqués pour l’arrêt des traitements sont divers : AVC, arrêt cardiaque ou encore traumatisme crânien[2].

Pour 6 donneurs, « au moins un organe a été prélevé » sans être transplanté. En moyenne, 2,79 organes ont été prélevés sur chaque donneur.

Des objectifs

L’augmentation observée en 2021 ne satisfait pas l’ABM. Parmi les « axes de travail » : « comprendre et agir » sur les taux d’opposition et encore augmenter les prélèvements de type Maastricht III.

Le Gouvernement a d’ailleurs établi un plan pour 2022-2026. Il s’agit du quatrième. Des objectifs, sous forme de « couloirs de croissance », sont affichés : entre 6 760 et 8 530 greffes pour 2026.

Lors d’une conférence de presse le 15 juin dernier, l’ABM se réjouissait d’une hausse de 14% des prélèvements Maastricht III en début d’année, à comparer à une augmentation globale de l’activité greffe de 4 à 6%. Le plan prévoit d’« engager une réflexion sur la mise en place du protocole Maastricht III en pédiatrie » et de faire passer à 65 en 2026 le nombre d’établissements habilités. Une augmentation qui approche les 50% en 5 ans. L’objectif étant que ce type de prélèvement atteigne 15% des greffes pratiquées.

En parallèle, le taux d’opposition a continué d’augmenter pour atteindre 37,1% en avril 2022. L’Espagne est donnée en exemple : le taux d’opposition y est de 15%. Alors Emmanuelle Cortot-Boucher, jusqu’ici la directrice générale de l’ABM (cf. Emmanuelle Cortot-Boucher quitte la tête de l’ABM), joue sur la corde sensible : il faut promouvoir « l’idée qu’il doit y avoir une réciprocité dans la générosité », explique-t-elle à la Commission du Sénat. « A partir du moment où quelqu’un n’exclut pas d’avoir un jour recours à une greffe pour lui-même, ou s’il pense que ce serait possible pour l’un de ses proches, il est naturel qu’il se positionne lui aussi, et que ses proches se positionnent également, comme donneurs d’organes. C’est une question de civisme en santé. »

Dans son plan, l’exécutif prévoit un financement complémentaire de 210 millions d’euros sur 5 ans, ce qui porte à 2 milliards d’euros le montant des engagements en faveur de l’activité greffe par l’assurance maladie[3]. Une activité « prioritaire en vertu de la loi », affirme Emmanuelle Cortot-Boucher, qu’il faudrait « sanctuariser ». Mais aussi une « filière » que le Gouvernement veut rendre plus « attractive ».

 

[1] Auditions de l’ABM et des associations les 7 et 8 juin 2022 par la commission des affaires sociales du Sénat

[2] Pour trois personnes, la raison est « autre ».

[3] soit une hausse de plus de 10 % par rapport au budget habituellement alloué

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