Des implants cérébraux pour « rallumer les lumières » longtemps après une lésion traumatique

Publié le 5 Déc, 2023

Des chercheurs de Stanford Medicine ont mené un essai clinique visant à évaluer l’apport d’implants cérébraux après une lésion traumatique. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature Medicine [1].

Une implantation délicate

Dans le cadre de l’essai, les chercheurs ont recruté cinq participants qui présentaient des troubles cognitifs durables, de plus de deux ans après une lésion cérébrale traumatique « modérée à grave ». Ils étaient âgés de 22 à 60 ans et avaient subi des lésions 3 à 18 ans auparavant.

Le « défi » a consisté à placer le dispositif de stimulation « exactement dans la bonne zone », différente d’une personne à l’autre. En effet, chaque cerveau a une forme spécifique au départ, et les lésions entraînent des modifications [2].

Restaurer des voies endommagées

Le dispositif de stimulation relie le thalamus, « une station relais située profondément dans le cerveau », à des points situés dans le cortex, la couche externe du cerveau, qui contrôlent des fonctions cognitives.

« Chez ces patients, ces voies sont en grande partie intactes, mais tout a été régulé à la baisse », explique Jaimie Henderson, professeur de neurochirurgie et coauteur de l’étude. « C’est comme si les lumières avaient été éteintes et qu’il n’y avait pas assez d’électricité pour les rallumer », décrypte-t-il.

Des résultats positifs, « à des degrés divers »

Gina Arata est l’une des 5 participants à l’essai. En 2001, un accident de voiture la laisse avec une lésion cérébrale. « Je ne me souvenais de rien », témoigne-t-elle. « Je trébuchais tout le temps. J’avais toujours des accidents de voiture. Et je n’avais pas de filtre, je m’énervais très facilement. »

Opérée en 2018 dans le cadre de l’essai clinique, la jeune femme se voit implanter un dispositif à l’intérieur de son cerveau, destiné à « stimuler les réseaux que sa blessure avait réduits à l’état de veille ». La jeune femme a « immédiatement remarqué la différence ». En effet, lorsqu’on lui a demandé d’énumérer les articles du rayon fruits et légumes d’une épicerie, elle a pu en citer. Quand un chercheur a éteint l’appareil, elle n’en était plus capable.

Ainsi, pour les cinq participants à l’essai, le dispositif expérimental de stimulation cérébrale profonde a rétabli, « à des degrés divers », les capacités cognitives qu’ils avaient perdues à la suite de lésions cérébrales survenues des années auparavant.

Vers une thérapie ?

Après une phase de deux semaines visant à optimiser la stimulation, les participants ont passé 90 jours avec l’appareil allumé 12 heures par jour. Au terme de cette période, ils avaient amélioré leurs résultats à un test cognitif [3] de 32% en moyenne, quand les chercheurs espéraient un gain de 10%.

Les scientifiques avaient prévu de terminer l’essai par une phase de retrait en aveugle, au cours de laquelle la moitié des participants auraient été choisis au hasard pour que leurs appareils soient éteints. Deux patients ont refusé d’y participer, ne voulant pas renoncer aux bienfaits de la stimulation.

Les chercheurs entendent maintenant franchir toutes les étapes afin d’en faire une thérapie.

 

[1] Nicholas Schiff, Thalamic deep brain stimulation in traumatic brain injury: a phase 1, randomized feasibility study, Nature Medicine (2023). DOI: 10.1038/s41591-023-02638-4.

[2] Les chercheurs ont créé un « modèle virtuel » de chaque cerveau qui leur a permis de déterminer avec précision l’emplacement et le niveau de stimulation qui activerait le noyau central latéral, une zone du thalamus qui agit comme une « plaque tournante qui régule de nombreux aspects de la conscience ».

[3] un test standard de vitesse de traitement mental, appelé test de traçage, qui consiste à tracer des lignes reliant un ensemble de lettres et de chiffres.

Source : Medical Xpress, Stanford University Medical Center (04/12/2023)

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