Des féministes opposées à la gestation pour autrui

Publié le 5 Oct, 2010

"L’expression ‘mère porteuse’ met mal à l’aise. Par définition, la mère ne peut être porteuse et la porteuse renonce à être mère. Alors comment définir la mère, biologique ou non, enceinte puis accouchant d’un enfant qu’elle va confier à d’autres ? Sa fonction étant de porter, il était simple de l’appeler porteuse. On aurait pu l’appeler aussi couveuse, dépôt-ventre, mijoteuse…" C’est en ces termes que Laurence Rossignol, secrétaire nationale du Parti socialiste, expose son malaise et son refus de la légalisation possible de la gestation pour autrui (GPA). Féministe, elle affirme que cette pratique n’est rien d’autre qu’une marchandisation du corps de la femme masquée sous une apparence altruiste : "Gestation pour autrui ! Bien plus vendeur que les mères porteuses. […] Gestation, c’est tellement mieux. C’est scientifique, désincarné. Ca fait procréation assistée, éprouvettes et blouses blanches. Pour autrui ? C’est le don. Un geste pour l’autre. Un peu de générosité au royaume de l’individualisme".

Les partisans de la levée de l’interdiction de la GPA en France font valoir une double "évidence" bien fragile : la conviction d’une part que les mères porteuses sont effectivement mues par l’envie de rendre service, et d’autre part que la loi permettra d’encadrer la pratique pour en prévenir les abus. Mais Laurence Rossignol fait remarquer que la réalité est tout autre et que cette belle argumentation permet d’esquiver les questions éthiques : "certes, il existe des poissons volants mais ce ne sont pas les plus nombreux. Sans doute, des femmes se font mères porteuses par don de soi, mais la grande majorité des femmes prêtes à louer leur ventre a en commun l’extrême misère".

Face à cette réalité, quel doit donc être le rôle du législateur ? Doit-il se contenter "de moraliser le marché ?" ou n’est-il pas plutôt "de délimiter le champ du marché, de dire ce qui n’est pas cessible, ce qui échappe par nature à toute forme de transaction ?"  En effet, "admettre le commerce de la fonction reproductive, c’est admettre une appropriation sociale du corps des femmes pour consoler la souffrance des couples stériles. Il est fondé de s’y opposer. Il s’agit de rappeler que tant qu’on pourra acheter, louer ou vendre le corps des femmes, l’égalité entre les sexes demeurera inaccessible. Il s’agit aussi de prendre la mesure de la révolution anthropologique à l’oeuvre et la porte symbolique des atteintes à la dignité humaine que peut entraîner la dissociation achevée de la sexualité et de la procréation."

Rue 89 05/10/10

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