Des chercheurs créent des « mini-organes » in vitro

Publié le : 10 août 2015

Publié dans la revue Nature fin juillet, l’article de Cassandra Willyard suscite petit à petit l’intérêt des médias. Elle y dévoile les projets « stupéfiants » de plusieurs équipes de chercheurs internationaux qui créent des banques de « mini-organes », dans le but de :

  •  Proposer une alternative au don d’organes qui est lui limité par le nombre de donneurs.
  • « Observer en direct l’organogenèse, autrement inaccessible chez l’humain ».
  • Créer des modèles pour étudier des pathologies, particulièrement les cancers, et tester des molécules thérapeutiques.

 

Ces projets ne seraient plus totalement de la « science fiction », mais auraient notamment vu le jour au Pays Bas et en Autriche.

 

Les « mini-organes » ou « organoïdes » sont « des versions miniatures de nos organes ». La difficulté de mise au point pour les chercheurs résidait dans l’obtention d’un milieu de culture et l’application de « contraintes mécaniques » qui permettent aux différents types cellulaires présents dans l’organe et obtenus à partir de cellules souches, de s’organiser en « couches ou en réseaux comme les pièces d’un puzzle en trois dimensions » pour former « une ébauche d’organe » et non « de simples agrégats sans organisation tissulaires ».

 

Ces études « récapitulent in vitro les mécanismes du développement des organes pendant l’embryogenèse ». Elles s’appuient sur les recherches des « trente dernières années » menées sur le développement embryonnaire d’animaux. Jurgen Knoblich, de l’Institut de biotechnologie moléculaire en Autriche, a ainsi mis au point avec son équipe des « mini cerveaux ». Pour lui, « cela ne nécessite pas de biotechnologies hypersophistiquées ; nous laissons simplement les cellules faire ce qu’elles veulent ». De même pour Melissa Little, qui a travaillé à la mise au point de « mini-reins » en Australie : « Ce n’est pas une grande surprise : l’embryon lui-même s’organise seul de façon remarquable ; il n’a pas besoin pour cela d’un modèle ou d’un plan. »

 

Hervé Seitz, chercheur spécialiste en biologie cellulaire, rattaché à l’Institut de génétique humaine (IGH) de Montpellier, est plus réservé : « On peut rêver d’une  méthode qui permettrait, à partir de cellules souches prélevées chez le receveur, de fabriquer un organe ex vivo, en laboratoire, et d’ensuite le greffer chez le patient ». Cette méthode aurait le gros avantage de contourner le problème de rejet de greffe, cependant « on est encore loin de ce résultat ». D’une part parce que les organoïdes obtenus jusqu’à présent « se distinguent tout de  même beaucoup » des organes naturels, par leur taille et leur organisation interne, et d’autre part parce que « seuls quelques organes bien précis ont pu être copiés en ‘organoïdes’, et on est loin de disposer du livre de recette qui permettrait, pour un organe quelconque, de savoir comment le fabriquer à partir de cellules souches ».

 

Hervé Seitz voit cependant « une application plus réaliste pour ces organoïdes » dans le test de molécules thérapeutiques. Michael Shen, qui a travaillé sur des organoïdes de prostate, y apporte une nuance : « Ces nouveaux modèles ne pourront pas remplacer complètement les animaux de laboratoires », puisqu’ils ne pourront pas permettre par exemple d’« évaluer l’impact des thérapies sur le système immunitaire par exemple ». La validation des découvertes expérimentales dans un système in vivo demeurera un test de rigueur.

 

Hervé Seitz s’interroge par ailleurs : « Quel serait le statut d’un morceau de cerveau greffé, et comment l’identité du receveur en serait affecté ? » Il craint, « à moyen terme » une dérive « dont il faudra se prémunir : s’assurer de la sincérité des résultats publiés », les chercheurs n’étant « pas forcément préparés » à la grande pression à laquelle ils s’exposent par ces découvertes populaires et « prometteuses ».

 

<p>Nature (30/07/2015) ; Le Monde (04/08/2015) ; Atlantico (10/08/2015)</p>

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