Dérives du dépistage prénatal : une prise de conscience

Publié le : 9 décembre 2010

La Croix publie un article sur l’appel des gynécologues obstétriciens du Comité pour sauver la médecine prénatale (Cf. Synthèse de presse du 08/12/10). Bien que non obligatoire, le dépistage prénatal (DPN), notamment de la trisomie 21, est systématiquement proposé à toutes les femmes enceintes depuis 1997. Aujourd’hui, 96% des foetus trisomiques 21 dépistés sont avortés. Les gynécologues, échographistes, infirmiers, sages-femmes, qui lancent cet appel constatent que "le dépistage généralisé de la trisomie 21 tend à devenir une pratique eugénique", en totale contradiction avec l’article 16-4 du code civil selon lequel "toute pratique eugénique tendant à l’organisation et à la sélection des personnes est interdite". Avec la mise en oeuvre d’un dépistage combiné plus précoce depuis 2009, alliant mesure de la clarté nucale et dosage des marqueurs sanguins, les professionnels soulignent que les femmes ont un temps de réflexion encore raccourci : "elles se retrouvent dans un engrenage qui les conduit, lorsque les résultats sont mauvais, à une amniocentèse, voire à une interruption médicale de la grossesse, souvent sans vraie liberté de choix" explique le Dr. Patrick Leblanc, coordinateur du Comité et gynécologue obstétricien au centre hospitalier de Béziers. C’est le même problème pour les médecins : "nous manquons de temps pour offrir aux patientes une information suffisante et certains confrères craignent d’être attaqués en justice si le dépistage n’est pas fait !" Parce qu’ils ne peuvent faire leur "une réponse collective irrecevable sur le plan éthique, oppressante pour les femmes, contraignante pour les professionnels, dévalorisante pour la médecine prénatale, dispendieuse pour l’assurance-maladie", les médecins du Comité pour sauver la médecine prénatale demandent un vrai débat de fond pour renouveler l’approche du handicap et du dépistage. Ils proposent de "desserrer la contrainte du dépistage généralisé" et d’offrir une "information équilibrée" aux femmes, associant des familles concernées par le handicap et la trisomie 21, témoignant de la dimension positive de l’existence de leurs enfants.

Le malaise de la société face au DPN tend à s’accroître. Il faut noter à cet égard le magazine  Infobébés qui publie un article intitulé "Ces examens qui nous font peur". Evoquant les tests durant la grossesse comme la mesure de la clarté nucale et la prise de sang optionnelle, il rappelle qu’ils sont loin d’être fiables à 100% et qu’ils ne présentent qu’un "risque chiffré d’anormalité pour l’enfant" et non un diagnostic définitif. En France, on fixe le seuil de risque à 1/250 :  si l’enfant a 1 chance ou plus sur 250 d’être atteint par une maladie, l’amniocentèse est systématiquement proposée. Or, "faut-il […] faire une amniocentèse dès lors qu’on franchit ce seuil de 1 sur 250 ?" interroge le magazine qui note que le nombre de femmes recourant à l’amniocentèse croît chaque année bien que "cet examen entraîne une fausse-couche sur 200 prélèvements (certains spécialistes disent même 50)". "Malheureusement, une fois le doute installé dans notre esprit, difficile de l’oublier". Il faut s’interroger : "ces examens sont-ils vraiment optionnels ?" Le magazine s’interroge sur la liberté de choix laissée aux femmes : "c’est un peu comme si on nous poussait dans l’entonnoir afin qu’il y ait de moins en moins d’enfants anormaux". Il souligne la forte anxiété que crée chez elles  cette politique de dépistage, ajoutant que presque aucune recherche n’est faite "afin de corriger les anomalies de Bébé dans notre ventre". Au final, Infosbébés pose la question de l’accueil réservé aux enfants handicapés dans la société : "tous ces examens posent surtout des questions morales dont il faut avoir conscience dès la décision du dépistage […] si Bébé est anormal, le garderons-nous ? Et à un niveau plus large : n’y-a-t-il donc plus de place dans notre société pour les enfants différents ? […] que voulez-vous vraiment savoir de votre futur bébé ? Pour de nombreux parents, la réponse est ‘rien, je le veux tel qu’il est’. Alors ce sera zéro examen !"
 

La Croix (Marine Lamoureux) 09/12/10 - Infobébés (Véronique Boissarie) Janvier 2011

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres