Commission de réflexion sur la fin de vie : le Pr Didier Sicard souhaite un débat « plus sociétal que médical »

Publié le : 19 juillet 2012

Interviewé par le journal Le Monde, le président de la commission de réflexion sur la fin de vie, le Pr Didier Sicard, explique la manière dont il envisage de mener sa mission.

A la question visant à connaître les raisons qui l’ont poussé à accepter sa mission, le Pr Didier Sicard répond que cette mission "est au cœur d’un affrontement de cultures qui, sous des apparences feutrées, est d’une extrême violence". Il explique que la culture française est un intermédiaire entre la culture des pays du Nord qui consiste "à donner la mort à la demande de la personne", et celle des pays du Sud qui consiste à "maintenir la vie à tout prix". Pour le médecin, "les expériences en Belgique, aux Pays-Bas ou en Suisse sont intéressantes et il faudra aller y voir de plus près", précisant cependant que "la culture française est différente".
Le président de la commission précise que son objectif est que "la réflexion augmente, plutôt qu’elle reste réduite à un raisonnement binaire".

A la remarque du journaliste précisant qu’ "il est souvent reproché aux médecins d’avoir confisqué le débat", le Pr Didier Sicard dément. Il précise qu’il est "médecin, mais [qu’il] plaide pour que le débat soit plus sociétal que médical". Il souhaite se "tourner vers les citoyens" pour "comprendre ce que les cadres, les ouvriers, les paysans pensent". Ce débat "permettra d’éviter une discussion figée par les positions pro ou anti-euthanasie". Pour le président de la Commission, "les médecins sont dans une situation paradoxale. Ils sont exécutants du soin mais leur travail comporte aussi une dimension humaine", précisant que "dans l’ensemble, [les médecins] sont hostiles à donner la mort parce que ce geste est à l’opposé de leur culture". Le président de la commission "croit cependant que la question de la fin de vie [n’appartient] pas aux médecins".

Le journaliste souhaitant que le médecin exprime sa position sur la fin de vie, ce dernier précise alors qu’il n’en a pas de "définitive" et que son "avis n’a pas d’importance". Il ajoute : "depuis dix ans, je suis de plus en plus dubitatif sur la possibilité radicale de transgresser l’interdiction de donner la mort. Cependant certains jours, je trouve inacceptable que quelqu’un disant souhaiter en finir n’obtienne pas de réponse".

A propos de la loi Leonetti, il considère que "c’est une grande loi", précisant qu’il n’est pas certain qu’elle doit être adaptée mais que ce n’est pas à lui d’en décider. "Il y aura peut-être", ajoute-t-il, "nécessité de modifier un ou deux articles, mais pour cela il faut d’abord recueillir l’avis des Français".

Enfin, pour le Pr Didier Sicard, il doit être fait "en sorte que la société, solidaire, prenne en compte [le] moment [où] une décision peut être ou doit être prise. Que ce soit, comme le font les soins palliatifs, un moment de sérénité et non un moment d’abandon". Il ajoute, "il n’est pas impossible qu’alors dans une situation individuelle totalement insupportable et face à une demande, il puisse être apporté une facilité à mourir".

Réagissant à la nomination du Pr Didier Sicard, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) "se tient prêt, dans le cadre de la saisine dont il sera ensuite destinataire, à engager une réflexion propre, et à prendre, si une réforme est envisagée, l’initiative d’un débat public sous la forme d’Etats généraux sur le sujet, ainsi que l’a prévu le législateur".
 

Le Monde (Laetitia Clavreul) 19/07/12 – AFP 18/07/12 - Jim.fr (Aurélie Roche) 21/07/12

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