Colossal, l’entreprise américaine qui veut créer des hybrides de mammouth laineux

Publié le 17 Sep, 2021

Georges Church, généticien de Harvard[1], a lancé lundi Colossal, « première entreprise à appliquer des techniques avancées de modification génétique pour réintégrer le mammouth laineux dans la toundra arctique »[2]. L’objectif : la « déextinction », « concept qui consiste à créer un animal similaire à une espèce éteinte en utilisant la génétique », et qui fait débat dans la communauté scientifique[3]. Le projet date d’une dizaine d’années ; l’entreprise a désormais levé 15 millions de dollars[4] de fonds privés.

Outre des conseillers scientifiques, Georges Church s’est entouré de « deux spécialistes en bioéthique s’intéressant aux modifications du génome : R. Alta Charo de l’Université du Wisconsin à Madison, et S. Matthew Liao de l’Université de New York ».

Pour parvenir à leur but, les chercheurs vont « insérer des séquences d’ADN de mammouth laineux, collecté sur des restes préservés dans le sol sibérien, dans le génome d’éléphants d’Asie, afin de créer une espèce hybride ». Les génomes de ces deux espèces sont identiques à 99.6%, mais comportent trois milliards de paires de base. Pour le moment, les chercheurs ciblent soixante gènes de mammouth.

Une fois ces modifications génétiques au point, se posent la question de la gestation des embryons : « les éléphants d’Asie sont menacés, et pour éviter d’avoir recours à une mère porteuse, Colossal va devoir développer des utérus artificiels d’éléphants[5] ». Ces matrices seront « tapissées de tissu utérin cultivé à partir de cellules souches ».

Enfin, les chercheurs auront recours aux cellules souches pluripotentes induites, qui serviront de « réserve de cellules autonomes d’éléphants d’Asie ».

Ainsi, « même selon le calendrier le plus agressif de l’entreprise, les éléphanteaux hybrides n’arriveront que dans six ans. Il faudrait potentiellement des décennies pour obtenir un troupeau capable de survivre par lui-même ».

[1] « un des pionniers du séquençage génétique » ; « « Détenteur de plusieurs dizaines de brevets, créateur de nombreuses start-up, il a cosigné l’un des premiers articles montrant l’utilisation de Crispr ».

[2] Colossal entend « mettre au point de nouvelles (et lucratives) biotechnologies ».

[3]  « Ce n’est pas une dé-extinction. Il n’y aura plus jamais de mammouths sur terre. Si cela fonctionne, ce sera un éléphant chimérique, un organisme totalement nouveau, synthétique et génétiquement modifié », a tweeté Tori Herridge, biologiste et paléontologue au muséum d’histoire naturelle de Londres.

[4] Soit plus de 12,6 millions d’euros

[5] La gestation des éléphantes dure près de deux ans et elles donnent naissance à des éléphanteaux qui pèsent plus de 90 kilogrammes.

Sources : Le Temps (14/09/2021) ; National Geographic, Michael Greshko (15/09/2021) ; Le monde (14/09/2021)

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