Canada : une française handicapée menacée d’expulsion

Publié le : 9 février 2010

Rachel Barlagne, une petite fille française de 7 ans souffrant d’une légère paralysie cérébrale, et vivant au Canada depuis cinq ans, est menacée d’expulsion avec sa famille au motif qu’elle représenterait un "fardeau excessif" selon les termes de l’Etat fédéral canadien. Cette décision d’expulsion intervient après un diagnostic médical des services d’immigration canadiens.

Petite fille vive, Rachel souffre d’un handicap léger, sa paralysie cérébrale n’entrant dans aucun critères de syndromes d’infirmité motrice cérébrale (IMC). Elle "aime les défis et aller de l’avant" disent ses parents qui sont "fiers de ses résultats scolaires". Cette affaire d’expulsion scandalise de nombreux canadiens : beaucoup s’indignent de ce que "pour de ‘purs’ motifs financiers, une petite fille devient […] indésirable au seul prétexte qu’elle est atteinte de maladie mentale". Le père de Rachel explique qu’il ne se serait jamais attendu à une telle décision concernant sa fille : "Nous ne nous sommes jamais demandés si notre fille serait une charge pour nous, aussi bien jusqu’à ses 3 ans en France qu’en arrivant au Canada en 2005". 

En septembre 2008, la réponse à la procédure habituelle de demande de résidence permanente s’est transformé "en véritable cauchemar". Le compte-rendu de la visite médicale "passage obligatoire pour s’installer à terme dans le pays" a conclu que la petite fille coûte trop cher aux services sociaux du pays. David Barlagne se souvient : "Quand on reçoit une lettre où l’on vous dit que votre enfant est considéré comme un ‘fardeau excessif’, le ciel vous tombe sur la tête […]. Le terme est inhumain mais il est pourtant employé dans la loi". En mars 2009, le ministère de l’immigration canadien avait calculé les dépenses potentielles que nécessiteraient les soins pour Rachel, et avait estimé ceux-ci "supérieurs à la moyenne nationale, 5143 dollars canadiens, soit 3500 euros par an". David Barlagne convient que sa fille est prise en charge dans une école spécialisée et que tous ses soins sont assumés par l’école publique mais s’interroge devant l’incohérence de la situation dans laquelle il se trouve alors qu’il avait été approché par l’ambassade du Canada à Paris pour installer et développer sa compagnie au Québec.  Bénéficiant de nombreux soutiens de la population canadienne, les parents de Rachel sont prêts à recourir à la Cour suprême si nécessaire.

Noël Baekerlandt, secrétaire général de la Fédération des Apajh, (association pour adultes et jeunes handicapés) et Régis Delvoldère, président de l’Unapei sont interrogés par le quotidien France Soir sur cette affaire. Noël Baekerlandt se dit révolté de voir "le respect de la personne piétiné par des questions financières". Il estime qu’un tel cas ne pourrait survenir en France : "il y aurait de vives réactions des associations et de la société civile en général. Nos valeurs sont trop fortes en France pour qu’une telle chose se produise, et heureusement". Qualifier la petite fille de "fardeau excessif" est selon lui "répugnant" et il s’interroge : "Le respect, l’aide, la solidarité, est-ce que ça leur évoque quelque chose ? D’autant plus qu’il s’agit d’une enfant. Elle a besoin d’être soutenue et éduquée, pas exclue." Régis Delvoldère dit aussi son "dégoût, surtout venant d’un pays qui tient des discours sur la discrimination et l’intégration. Ils se pensent modernes et ouverts mais ils font aujourd’hui la preuve que ce ne sont que des mots".

France Soir (Stéphanie Villeroy) 09/02/10 - Le Quotidien du Médecin (Renée Carton) 10/02/10

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