Vers un eugénisme de masse

Publié le : 10 décembre 2009

Dans le quotidien Libération, Jacques Testart, directeur honoraire de recherches à l’Inserm revient sur la question du dépistage pré-implantatoire (DPI). Il rappelle que la loi de bioéthique de 1994 avait autorisé le DPI dans des cas « strictement contrôlés » pour éviter des maladies « particulièrement graves ». Et de constater que depuis plusieurs années, les critères exigés faiblissent partout en Europe. Il fut d’abord autorisé pour des handicaps relatifs (hémophilie, diabète….) avant de l’être pour les bébés-médicaments et même pour choisir le sexe dans certains pays. Le DPI s’est ensuite élargi au risque esthétique (le strabisme en Grande-Bretagne) avant de concerner les prédispositions à certaines pathologies comme le cancer.

Jacques Testart revient sur l’avis n°107 rendu par le comité consultatif national d »éthique (CCNE) qui élargit le DPI aux embryons porteurs de trisomie 21 (Cf. Synthèse de presse du 18/11/09). Il parle alors de « dépistage opportuniste ». Il s’interroge alors : « pourquoi alors tout patient que la stérilité a conduit à la fécondation in vitro (FIV) ne revendiquerait-il pas ce droit à ce même dépistage des trisomies pour ses embryons déjà disponibles? ». Et de continuer « pourquoi ne pas être complètement logique et efficace en élargissant le DPI opportuniste au delà des trisomies, jusqu’aux dizaines de mutations qu’on sait déjà dépister? ». Il parle alors d’un « DPI intégral ». Jacques Testart craint que l’on tombe dans un « dépistage universel » qui consisterait pour les couples non stériles et sans facteur de risque, à concevoir en éprouvette dans le seul but de bénéficier d’une telle garantie sur le « produit enfant ».

Il rappelle alors qu’au tout début du DPI, le CCNE avait désavoué cette technique en y voyant poindre un risque d’eugénisme : « le diagnostic génétique préimplantatoire conduirait à une dérive des indications à la procréation médicalement assistée […] le Comité réaffirme les considérations éthiques de son précédent avis et recommande de ne pas entreprendre de diagnostics génétiques préimplantatoires. Le développement des connaissances, l’ouverture de nouvelles voies pourraient pendant les prochaines années, modifier l’état actuel… ». Et pourtant aujourd’hui dans son avis n°107 de novembre 2009, le CNNE propose aujourd’hui d’étendre ce DPI. « Quelles sont ces « nouvelles connaissances » ou « nouvelles voies »  qui justifieraient une telle évolution », s’interroge-t-il.

Jacques Testart estime que ces concessions successives sont motivées par l’accoutumance et le désir d’efficacité. Et de craindre alors un glissement progressif vers un eugénisme de masse. Pour lui, « toute extension du champ d’intervention du DPI peut être considérée comme une nouvelle dérive si elle ne s’accompagne pas d’une règle claire et définitive pour circonscrire ce champ ».

Il conclut : « la seule inconnue alors est le moment où les éthiciens paresseux s’étonneront en constatant encore une fois que la science est allée plus vite que l’éthique… »

<p>Libération (Jacques Testart) 10/12/09</p>

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