Une recherche performante est possible sans embryon

Publié le : 2 décembre 2010

Sur Liberté Politique, Pierre Olivier Arduin se penche sur l’obtention, par la société française Cellectis, leader dans l’ingénierie des génomes, d’une licence exclusive pour l’exploitation des cellules iPS découvertes par le Pr. Yamanaka de l’université de Kyoto en 2006 (Cf. Synthèse de presse du 25/11/10). A l’approche de la révision de la loi de bioéthique, cette annonce est de taille en raison de ses implications scientifiques, éthiques et politiques.

La découverte du Pr. Yamanaka a fait faire "un bond de géant" à la recherche sur les cellules souches et a été internationalement saluée comme une "révolution biologique" : en 2007, la célèbre revue américaine Science l’a classée parmi les plus importantes innovations majeures de la biologie contemporaine, tant d’un point de vue technique que politique, en permettant aux scientifiques d’avancer en s’affranchissant de la recherche sur l’embryon, éthiquement très controversée.

Deux chercheurs renommés ont choisi de se consacrer à la recherche sur les iPS sitôt qu’ils ont pris connaissance des résultats obtenus par Shinya Yamanaka : le professeur britannique Ian Wilmut, qui a permis la naissance de Dolly, premier mammifère cloné, et le Pr. James Watson qui en 1998 avait établi les premières lignées de cellules souches embryonnaires humaines (ES). Alors que Barack Obama, tout juste élu, avait levé l’interdiction du financement fédéral de la recherche sur les cellules embryonnaires, James Watson annonçait, dans Science, avoir réussi "à sécuriser la technique de reprogrammation des iPS en se passant du vecteur viral initial".

Fin octobre 2010, la société française Cellectis a conclu un accord stratégique avec le Centre de recherche et d’application des iPS (CiRA, Center for iPS Cells Research and Application), créé en janvier 2010 par le Pr. Yamanaka et l’une des filiales de l’université de Kyoto, l’iPS Academia Japan, chargé depuis 2008 de gérer les brevets et propriétés intellectuelles liés à la technologie des iPS. Cette collaboration est d’un grand intérêt : la société pense pouvoir, dans 2 à 3 ans, produire des lignées d’iPS de façon industrielle et construire des banques d’iPS obtenues à partir de patients atteints de diverses pathologies. Pour l’élaboration de nouveaux médicaments, l’industrie pharmaceutique bénéficiera de tests de molécules in vitro qui pourront être menés grâce aux iPS.

En outre, cette démarche rend définitivement illégale l’expérimentation menée sur des embryons humains malades, mis de côté après un diagnostic pré-implantatoire (DPI) puisque  la recherche sur l’embryon n’est légale en France que si elle ne peut être "poursuivie  par une méthode alternative d’efficacité comparable". Les derniers protocoles de recherche autorisés par l’Agence de la biomédecine (ABM) "l’ont été au mépris de la loi, nul ne pouvant ignorer les progrès enregistrés par les scientifiques en matière d’iPS".

Autre aspect innovant de cette collaboration franco-japonaise : Cellectis est notamment spécialisée dans la conception de méganucléases, sortes de "ciseaux moléculaires" qui permettent de maîtriser les interventions sur l’ADN pour insérer des gènes à des lieux très précis. Cette compétence est prometteuse puisqu’ "en choisissant et en optimisant le lieu où sont introduits les "gènes reprogrammateurs", on évite la prolifération cancéreuse des cellules, un problème qui touche l’ensemble des cellules souches pluripotentes, d’origine embryonnaire ou non". A terme, le but est d’obtenir des lignées iPS stables à partir desquelles produire des cellules différentiées pour traiter des organes ou des tissus malades.

Enfin, Cellectis tient à souligner que "les iPS ne se heurtent à aucune des questions éthiques liées aux cellules embryonnaires". Interrogée par Pierre-Olivier Arduin, Sylvie Delassus, directrice de la communication et membre du comité exécutif de Cellectis, explique que les personnes travaillant à Cellectis ont un intérêt pour une recherche éthique et sont motivés par la notion de "label éthique". Une recherche performante dans le domaine de la thérapie cellulaire est possible sans abdiquer l’éthique.

Aujourd’hui, la réalité des avancées sur les iPS ne semble pas connue des responsables politiques si l’on en croit Valérie Pécresse qui affirmait récemment aux chercheurs français que l’on était actuellement "obligé de continuer la recherche sur les cellules souches embryonnaires" (Cf. Synthèse de presse du 26/11/10). Cette situation s’explique aussi par l’influence exercée par l’information scientifique sur les choix politiques.  Le CCNE avait pourtant souligné que "la fiabilité et la loyauté de ces informations scientifiques" devenaient de "réels enjeux sociaux" dans son avis préparatoire à la révision de la loi de bioéthique d’octobre 2008.

Liberté Politique.com (Pierre-Olivier Arduin) 01/12/10

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