Une machine comme moi – Ian Mc Ewan

Publié le 9 Jan, 2021

Une machine comme moiLe récit de l’écrivain britannique Ian McEwan est dérangeant. Sans doute parce que pour nous parler de l’avenir, il remonte le temps pour placer son récit dans le passé. C’est en effet à travers une uchronie qu’il choisit de révéler les défis que nous promettent le monde de demain.

A Londres dans l’Angleterre des années 80, Margaret Thatcher perd la guerre des Malouines, multiplie les erreurs, Georges Marchais est président de la république française, Alan Turing est toujours vivant, les Beattle sortent un disque… tandis que la société britannique se débat dans le chaos. La rue gronde partout et nous, on est un peu paumés… Dans cet autre monde si proche du nôtre, Adam, « bien bâti, les épaules carrées, la peau brune, il avait des cheveux noirs et drus coiffés en arrière, un visage étroit dont le nez légèrement busqué suggérait une intelligence féroce, un regard songeur entre ses paupières mi-closes (…) Il ressemblait à « un docker du Bosphore » », est l’un des 25 robots humanoïdes mis sur le marché. Un prototype promis à un riche avenir qui ressemble à s’y méprendre à un humain. Charlie, passionné d’électronique, vient de l’acquérir grâce à l’héritage que lui a laissé sa mère. Avec Miranda, la jolie voisine qui habite au-dessus de chez lui, ils paramètrent Adam. L’intelligence artificielle, grâce au deep learning, apprend par elle-même, des situations, mais aussi en fréquentant les immenses bases de données disponibles. Petit à petit, un curieux trio se met en place où Adam devient une pièce maitresse. Qui prend au fur et à mesure son autonomie, jusqu’à…

« Et bien voilà, conclut Adam, il y a le cerveau et il y a l’esprit. Ce vieux problème, aussi insoluble chez les machines que chez les humains. »

Qui de l’homme ou de la machine aura le dernier mot ? « On créé une machine possédant l’intelligence et la conscience de soi, et on la précipite dans notre monde imparfait. Un tel esprit conçu selon des principes généralement rationnels, bienveillant envers autrui, se trouve vite aux prises avec un ouragan de contradictions », explique Alan Turing, « les esprits artificiels ont moins de défenses que nous ».

Ces humanoïdes sont-ils capables d’émotions ? Adam et ses autres duplications le laissent supposer, même si « les larmes sont dans la nature des choses », et qu’« aucun de nous ne sait encore encoder cette perception ». 

Intelligence artificielle, cohabitation entre l’homme et la machine, sens du monde, ce roman interroge sur les conséquences de l’introduction de plus en plus grande de la technique dans la vie. Drôle, troublant, détestable, le roman interroge.

Adam évoque un Haïku qui « parle des machines comme moi, et des gens comme vous, et de notre avenir commun… ». Il dit : « Nous perdons nos feuilles. Au printemps nous renaîtrons. Mais vous, hélas, non ».

Charlie, l’éternel adolescent, finira par grandir. Malgré nos imperfections, nos erreurs, dans le monde bancal que nous fabriquons, « nous ne nous étonnons pas de trouver le bonheur malgré tout, et même l’amour ». Est-ce là que se trouve l’inaccessible secret de l’humanité ? Une des nombreuses interrogations qui sous-tendent ce roman.

 

Éditions : Gallimard – Nombre de pages : 388 – Date de parution : Janvier 2020

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