« Transition de genre » : une jeune Espagnole porte plainte contre Santé publique

Publié le 27 Fév, 2023

Susana Domínguez, une jeune Espagnole âgée de 24 ans, et sa famille ont porté plainte contre le service de santé de Galice. Ils dénoncent un « diagnostic erroné de dysphorie de genre » et « l’absence de soutien psychologique de la jeune fille ». Il s’agit de la première plainte de ce type déposée en Espagne. Elle se fonde sur l’obligation de l’Etat, et de ses médecins et praticiens, de « protéger la santé des citoyens et de ne pas leur causer de préjudice inutile ».

Le service de santé de Galice se défend en affirmant que « tous les protocoles ont été respectés » et qu’« un comité clinique évalue chaque cas ».

« Diagnostiquée » à 15 ans

En 2014, Susana Domínguez a 15 ans. Elle affirme qu’elle est un garçon « parce qu’elle a vu sur YouTube des vidéos de personnes qui avaient changé de sexe et qui disaient que leur santé mentale s’était améliorée ».

Un psychologue « spécialisé dans le genre » de l’hôpital Marítimo de Oza donne son feu vert à la transition de la jeune fille. A 16 ans, l’endocrinologue de l’hôpital public Teresa Herrera lui prescrit des hormones. A 18 ans, elle subit une mastectomie. « Comme le service de santé publique ne le faisait pas à l’époque, l’endocrinologue nous a donné deux noms de chirurgiens de l’hôpital qui opéraient dans le secteur privé, et donc nous l’avons fait. Cela a coûté 6 000 euros », témoigne la mère de Susana.

Un peu plus d’un an plus tard, comme Susana avait toujours ses règles « malgré plus de trois ans d’hormones », l’endocrinologue « recommande » une hystérectomie. Susana subit une ablation de l’utérus et des ovaires à l’hôpital universitaire de La Corogne.

Cette opération est « un tournant ». Epaulée par sa mère, Susana qui vit mal cette transition se tourne vers un nouveau psychologue. « Peu après, Susana m’a dit qu’elle ne voulait plus être un garçon, qu’elle était une fille », se rappelle sa mère. « J’avais 15 ans, comment pouvaient-ils me laisser faire ça, comment pouvais-je être sûre de ce que je voulais ? », interpelle la jeune femme (cf. « Transition de genre » : le mineur apte à consentir ?).

Un lien avec l’autisme ?

Finalement, il a fallu six ans à Susana pour se rendre compte que des troubles mentaux avaient été à l’origine de sa décision.

Mara Parellada, psychiatre à l’hôpital Gregorio Marañón de Madrid et spécialiste de l’autisme, émet l’hypothèse d’un lien entre ce trouble et l’« auto-diagnostic trans » : « Des études solides indiquent que les personnes atteintes de troubles du spectre autistique sont beaucoup plus nombreuses à fréquenter les cliniques de changement de sexe que dans la population générale en moyenne », affirme-t-elle. Le développement de l’identité est plus lent dans un certain nombre de cas, explique la psychiatre. Par ailleurs, « la personne autiste souffre d’une certaine inadaptation sociale, ce qui peut la conduire à rechercher cette adaptation de différentes manières », indique-t-elle.

La maman de Susana raconte : « Je pensais que le psychiatre allait me dire qu’elle souffrait d’une maladie mentale, mais j’ai été surprise quand il m’a dit dès le premier instant : “Vous devez l’accepter. Si elle se sent comme un garçon, elle est un garçon” ».

Un douloureux processus de « détransition »

Susana a été jusqu’à changer de nom à l’état civil et s’est appelée Sebastián. Mais lorsqu’elle a voulu redevenir Susana, la loi ne lui a pas permis de le faire. On lui a alors demandé des rapports médicaux pour justifier sa démarche, et « seulement » proposé des implants pour tenter d’inverser la situation.

La transition de Susana a été autorisée par la loi galicienne de 2014 relative à « la non-discrimination en raison du sexe ». Un « modèle » récemment étendu à toute l’Espagne (cf. Espagne : l'”autodétermination du genre” librement autorisée dès 16 ans). Par ailleurs, « la loi trans interdit strictement toute approche psychologique non affirmative, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 150 000 euros. Même une approche non affirmative de la part des parents peut conduire à la perte des droits parentaux », déplore l’association Amanda qui rassemble des mères d’enfants souffrant de « dysphorie de genre rapide »[1].

La multiplication des recours ?

Ce psychologue « a violé mon âme », dénonce Susana alors que les recours se multiplient dans différentes directions.

Aux Etats-Unis, le fils de 15 ans du basketteur Dwyane Wade a obtenu de changer officiellement son nom, contre l’avis de sa mère et au terme d’une « bataille judiciaire » de six mois. Né sous le nom de Zion Malachi Airamis Wade, son état civil indiquera désormais Zaya.

En France, accusés par les parents d’un « homme transsexuel désormais âgé de 26 ans » de l’avoir « manipulé », deux médecins ont comparu mercredi dernier devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins. Le Dr Jean-Guilhem Duquenne, psychiatre, et le Dr Frédéric Bompard, endocrinologue, « sont jugés en appel pour avoir manqué à leur obligation de “soins consciencieux” et d’information » dans sa prise en charge.

En janvier 2021, ils avaient été sanctionnés par la chambre disciplinaire de première instance du conseil régional de l’Ordre d’Occitanie « de respectivement un mois d’interdiction d’exercice avec sursis et trois mois d’interdiction ferme ». Pour la Chambre, les deux médecins « n’ont pu sérieusement en si peu de temps diagnostiquer un trouble de l’identité sexuelle ». Si leurs condamnations sont confirmées, les praticiens prévoient de saisir le Conseil d’Etat.

 

[1] Rapid Onset Gender Dysphoria

Sources : El Mundo, Quico Alsedo (23/02/2023) ; Fox, Ryan Morik (24/02/2023) ; JIM, Grégoire Griffard (23/02/2023)

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