Revendiquer la mort ?

Publié le : 27 août 2020

Alain Cocq, 57 ans, malade et paralysé demande à mourir. Comment en est-on arrivé là ?

On y est. Ils avaient pourtant assuré que ce n’était pas le but, qu’on n’y arriverait pas, mais le fait est là. On y est. Après la sédation profonde et continue jusqu’au décès « sans eau ni pain », un malade réclame une aide active pour mettre fin à ses jours.

Il s’appelle Alain Cocq, il est paralysé depuis près de 34 ans, atteint d’une maladie rare, douloureuse et incurable. Il est malade, mais il n’est pas en fin de vie. Pourtant, il a décidé de s’en remettre au président de la République, Emmanuel Macron, pour mourir. Il demande la mort « par compassion » (cf. « L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible » (Bernanos) ), ce qu’il considère être « l’acte de soulagement ultime des souffrances physiques d’un patient »[1]. Il refuse de parler de « suicide assisté », mais quel autre terme utiliser ? Il veut s’administrer le produit que le médecin lui délivrera. Comme en Suisse ?

En 2016, la loi Claeys-Leonetti visait à créer « de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie » en permettant la sédation profonde et continue jusqu’au décès, avec l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation reclassés pour l’occasion en traitement. Ainsi, la nouvelle loi établit que nous nous soignons quotidiennement en nous nourrissant. Manger et boire ne seraient plus de simples nécessités vitales. Mais fermons la parenthèse.

Les arguments de ceux qui se sont opposés à cette loi qu’ils jugeaient euthanasique ont été balayés d’un revers de main. Ceux qui dénonçaient une pente glissante ont été ridiculisés, ostracisés. Mais déjà elle ne suffit plus. De l’euthanasie passive, on passe à l’euthanasie active. Aujourd’hui, le patient Alain Cocq réclame d’une loi pour que des malades comme lui, pas du tout en fin de vie, puissent mettre fin à leurs jours avec la bénédiction de l’Etat, de la loi et de la science médicale censée pourtant apaiser, soulager, accompagner, sinon guérir.

Déjà les médias sont à son chevet et font office de caisse de résonance. Les vautours s’affairent autour de celui qui n’est pas du tout un cadavre : François Lambert, le neveu de Vincent Lambert proche de l’ADMD[2], est venu l’assurer de son soutien (cf. A propos de l’euthanasie de la championne paralympique Marieke Vervoort… ). Pourtant, les acteurs des soins palliatifs expliquent que ces velléités de mourir sont souvent le fait de la solitude, du désespoir, un appel à l’aide qu’il faut savoir entendre et décrypter (cf. Légiférer sur la sédation, c’est renoncer aux vraies questions sur la fin de vie. ).

Que peut-on dire de l’état de bien-être, pour reprendre la définition de la santé de l’OMS, d’un patient mort ? La mort est-elle l’ultime recours d’une société qui ne sait plus prendre soin de ses membres les plus fragiles, que ce soit en début ou en fin de vie ? Est-ce « partir dans la dignité » que de mourir entouré d’un médecin et d’un officier de police, en avalant un sédatif puissant ?

Un rendez-vous a été pris avec la conseillère à la santé de l’Elysée, Anne-Marie Armenteras, et le professeur Vincent Morel, en charge du plan national Développement des soins palliatifs et accompagnement de fin de vie entre 2015 et 2018, mais Alain Cocq a d’ores et déjà prévenu qu’il arrêterait son traitement et mettrait fin à ses jours le 4 septembre prochain. En live sur Facebook.

Mardi, Sophie Medjeberg, également vice-présidente de l’association Handi qui représente Alain Cocq, se dit « surprise par la qualité de l’écoute de ces acteurs institutionnels »[3] qui entendent avec bienveillance la requête sans pour autant donner raison au malade au motif que sa demande « ne rentrait pas dans les prérogatives du président ». Le malade s’entête et devrait passer à l’acte comme il a menacé de le faire.

Quelle haine de soi faut-il atteindre pour poser un tel geste ? A quelles défaillances cet homme handicapé a-t-il été confronté pour en arriver à considérer sa vie comme insensée, inutile ? Quels soutiens ont manqué ?

Reste à espérer que la sagesse puisse prendre le pas sur la folie, le désespoir et l’abandon qu’une telle décision suppose, que nous sachions rester humains.

 

Pour aller plus loin :

 

[1] France 3 : « J’ai décidé de mourir en arrêtant mon traitement » – Le dijonnais Alain Cocq a rendez-vous avec l’Elysée le 25 août

[2] ADMD : Association pour le droit de mourir dans la dignité.

[3] Hospimédia, Alain Cocq n’aura pas le droit à l’assistance médicale active au décès qu’il réclamait

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres