Recherche sur l’embryon humain : double transgression

Publié le : 7 janvier 2011

Interrogé par l’hebdomadaire Famille Chrétienne, Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, dit son inquiétude de voir la recherche sur l’embryon humain devenir de plus en plus transgressive. Alors que le projet de loi de bioéthique sera discuté au Parlement dans quelques semaines, il pointe plusieurs faits préoccupants pouvant laisser augurer une autorisation définitive de la manipulation d’embryons humains pour la recherche en France mais aussi de la création d’embryons pour la recherche, y compris pour l’industrie pharmaceutique.

Jean-Marie Le Méné constate tout d’abord que les nombreuses et intéressantes contributions des Etats généraux de la bioéthique sont ignorés : "les rapports de synthèse n’ont jamais été rendus publics, ni même communiqués aux parlementaires !" En outre, le 24 juin 2009, jour de la conclusion de ces Etats généraux, Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé, signait des arrêtés rendant le dépistage prénatal de la trisomie 21 plus efficace, c’est-à-dire plus eugéniste encore, alors même que la quasi-totalité des enfants atteints de trisomie 21 et dépistés sont avortés. Jean-Marie Le Méné explique également qu’au vu des enjeux financiers et du lobbying actuel des entreprises pharmaceutiques, on ne peut que craindre une chosification accrue de l’embryon humain. Ces derniers jours, "ces entreprises ne se sont pas cachées pour demander, jusqu’auprès des parlementaires, une libéralisation complète de la recherche sur l’embryon pour les besoins industriels" (Cf. Synthèse de presse du 01/12/10). D’autre part, le récent avis n°112 du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la recherche sur l’embryon (Cf. Synthèse de presse du 02/12/10) n’a rien de rassurant : "il permet d’envisager de passer à la vitesse supérieure de la transgression avec la création d’embryons pour la recherche alors que, jusqu’à aujourd’hui, on utilisait des embryons surnuméraires issus de fécondations in vitro". Ces éléments font penser qu’on pourrait "en arriver à la libéralisation de la recherche sur l’embryon assortie de l’autorisation – prétendument encadrée – de créer des embryons pour la recherche". Les récents propos de Jean Leonetti, affirmant qu’il est "urgent d’autoriser la recherche sur l’embryon" vont dans ce sens. Ce dernier considère qu’il faut "distinguer une ‘éthique sociétale‘ devant privilégier ‘la prudence‘ et une ‘éthique scientifique‘ devant privilégier ‘la témérité‘. Distinction très pratique car selon qu’il existe deux types d’éthique – selon que l’on est scientifique ou pas -, cela permet au final de faire tout et n’importe quoi".

Interrogé sur le recours en illégalité lancé par la Fondation Jérôme Lejeune contre une autorisation de recherche délivrée par l’Agence de la biomédecine (ABM) (Cf. Synthèses de presse du 06/10/10 et du 18/10/10) , Jean-Marie Le Méné rappelle en quoi cette autorisation se situe en dehors du cadre légal  : elle concerne un programme de recherche utilisant des embryons humains pour la "modélisation d’une maladie" (la dystrophie musculaire) qui n’offre aucune "perspective thérapeutique majeure" et pouvant être poursuivie "par une méthode alternative d’efficacité comparable".

Famille Chrétienne (propos recueillis par Emmanuel Pellat) 08-14/01/11

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