Recherche sur l’embryon humain : aveuglement scientiste

Publié le : 1 avril 2011

Le biologiste Jacques Testart souligne les contradictions des partisans de la recherche sur l’embryon humain. Les députés ont choisi, en février dernier, d’interdire celle-ci tout en la rendant possible : un choix qu’ils supposent différent de celui consistant à autoriser cette recherche tout en l’encadrant. Le débat entre ces 2 options –  interdiction avec dérogations ou autorisation contrôlée – est en réalité dérisoire et ne dit rien des réels enjeux. Il ne fait que "confirmer la victoire des avocats de l’instrumentalisation de l’embryon, sans que cela soit raisonnablement bénéfique pour l’espèce humaine".

Ces derniers font miroiter des promesses par l’utilisation des cellules souches embryonnaires humaines, tant pour la médecine régénérative que pour l’industrie pharmaceutique (avec le criblage des molécules) ou encore pour améliorer l’assistance médicale à la procréation (AMP). Or, tous ces "beaux projets", déjà anciens, manquent "des justifications scientifiques qui devraient être exigées, surtout quand le matériau expérimental est l’embryon humain dont tous prétendent reconnaître qu’il n’est pas un objet banal".

Si les progrès escomptés pour l’AMP en venaient à permettre la hiérarchisation des embryons humains selon leur viabilité et leur "normalité", cela reviendrait à généraliser le diagnostic préimplantatoire dont personne n’évoque les conséquences eugéniques… "Car l’eugénisme est supposé être une affaire de méchants (racistes, nazis,…) , dont la démocratie nous protège, plutôt qu’une tentation frileuse et terrifiante pour refuser les différences ou viser la compétitivité". Les promesses d’avancées pour l’AMP dépendent en fait plutôt de connaissances en amont sur la production des gamètes et en aval sur les conditions autorisant l’implantation dans l’utérus. En outre, bien qu’une meilleure connaissance de l’embryon humain soit "un but cognitif estimable, il devrait suivre l’avancée des savoirs sur les embryons d’animaux plutôt que s’y substituer puisque l’embryogenèse précoce est largement identique chez tous les mammifères, chaque espèce ne différant des autres que par d’infimes détails". Jamais les recherches menées aujourd’hui sur des embryons humains disparates n’atteindront "la pertinence scientifique de celles qu’on peut mener sur l’animal". De plus elles  ne font aucunement suite à une démonstration d’efficacité prouvée chez l’animal. Au contraire, "cette prétention à utiliser d’emblée du matériel humain échappe au pré-requis de l’expérimentation animale, lequel est justifié scientifiquement mais aussi éthiquement puisque c’est une règle affichée en recherche médicale depuis l’après deuxième guerre mondiale".

Les travaux utilisant des cellules souches embryonnaires, obtenues après dissection d’embryons humains "surnuméraires" ne vise ouvertement pas à la "connaissance de l’être en développement" mais à instrumentaliser certaines de ses parties. Les chercheurs savent pourtant reprogrammer des simples cellules adultes (de peau par exemple) en cellules souches pluripotentes : il s’agit des cellules iPS, connues depuis les travaux du Pr Yamanaka, capables de se différencier en diverses cellules spécialisées. Les iPS ont déjà permis la guérison de pathologies chez l’animal.

Enfin, Jacques Testart fait part de son étonnement devant l’argument avancé par certains chercheurs sur le "retard" que prendrait la France par rapport à la concurrence étrangère, là où il s’agit de "lois de bioéthique" et non de "principes de compétition internationale". Alors que "la loi comme les discours obligés évoquent largement la "dignité" de l’embryon humain" et le "respect" " qui lui serait dû, comment expliquer la "précipitation imposée par des ambitions personnelles ou des pressions industrielles" ? Alors que les recherches sur les embryons animaux et sur les cellules souches non embryonnaires – pré-requis obligatoire de toute recherche sur l’embryon humain – ne sont pas effectuées, le législateur ne peut faire fi de "l’obligation légale de ne réaliser des recherches sur l’embryon humain que s’il n’existe pas "de méthodes alternatives d’efficacité comparable"." Laisser l’appréciation de tels travaux préalables à l’Agence de la biomédecine, instance technique qualifiée par certains de "biopouvoir", ressemble "à une démission du Parlement" (Cf. Synthèse de presse du 16/11/10).

Médiapart 28/03/11

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