Qui est mon père ?

Publié le 6 Avr, 2021

Dani Shapiro est née d’un don de sperme. A travers son dernier livre autobiographique, Héritage [1], elle raconte combien cette découverte va bouleverser son existence.

« Il ne me reste que ce sentiment primordial de mon enfance : toute ma vie j’ai eu l’impression que quelque chose ne collait pas. J’étais différente, comme extérieure. Ma famille ne formait pas un tout cohérent. Mes parents et moi vivions dans un monde fragile. J’avais l’intime conviction que mon existence même posait un énorme problème, et que tout cela, c’était ma faute ».

A 54 ans, à l’occasion d’un test ADN, Dani Shapiro, blonde aux yeux bleus d’une famille juive new-yorkaise issue de l’immigration d’Europe de l’est, découvre que le père qu’elle a tant chéri n’est pas son père biologique. Sa demi-sœur, avec qui elle ne partage rien, n’est pas sa sœur. La terre se dérobe sous ses pieds.

Dans ce récit autobiographique, elle raconte le chemin qu’elle devra parcourir pour comprendre ce que ses parents, désormais décédés, lui ont toujours caché. « Pourrais-je un jour à nouveau regarder une photo de moi, de mon père ou de ma mère sans être assaillie par l’idée sidérante que notre vie familiale avait dès le début été bâtie sur un mensonge ? » Un mensonge qui, comme elle le découvrira, va miner la vie de couple de ses parents entretenant la « tendance à se déprécier » de son père, « le dégout de sa mère ».

De son côté, les indices ténus la conduisent très vite, par recoupements, à l’identité de son père biologique. Un homme à qui elle ressemble physiquement et dont l’héritage ne se limite pas seulement à des questions de santé. Ce qu’il y a de fascinant, et qui se retrouve d’ailleurs dans un certain nombre de témoignages, c’est qu’au-delà de la culture et de l’éducation, quelque chose d’irréductible se transmet par les gènes : des goûts, des attitudes, des façons d’être qui font qu’un père biologique n’est pas qu’un donneur de sperme. En ce sens, son témoignage vient remettre en cause la théorie du genre qui voudrait que la nature ne soit pour rien dans la construction de la personne qui pourrait « se choisir » selon des tendances qui se feraient jour au fur et à mesure de son développement.

A l’heure de la « PMA pour toutes », le livre interroge sur la paternité, soulève les questions éthiques et humaines liées aux méthodes de procréation artificielles qui laissent l’enfant, et ses parents, face à des béances. Dani Shapiro décrit très bien ce que cette découverte, qu’elle a au fond portée toute sa vie, signifie pour elle : « aucun de mes deux pères ne serait jamais mon père (…) Il y avait, et il y aurait toujours, une instabilité au tréfonds de mes origines ».

[1] Héritage, Dani Shapiro, Éditions les arènes, janvier 2021.

Photo : Mihai Paraschiv de Pixabay

Cet article de la rédaction Gènéthique est paru initialement sur Aleteia sous le titre : Dani Shapiro : « Aucun de mes deux pères ne serait jamais mon père »

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