Quels usages pour l’embryon humain ?

Publié le : 3 mai 2000

 

La levée de l’interdit ?

La presse annonce le dépôt probable, en septembre, du projet de loi de réexamen des lois de bioéthique à l’occasion de  la  rencontre  des parlementaires Alain Claeys et Claude  Huriet  avec  le président Chirac. La légitimité des  recherches  scientifiques sur  l’embryon  humain constitue l’un des chapitres les plus importants et les plus  controversés  de  ce réexamen. Doit-on au vu des spectaculaires  promesses thérapeutiques de la biologie, réviser l’interdiction de toute expérimentation  sur l’embryon humain ? Parmi les voix  qui  s’élèvent  pour demander  un  encadrement très strict de ces travaux, la presse relaye celles de nombreux médecins et chercheurs. Il n’est plus question alors d’opposer deux principes essentiels : le respect de la vie dès son commencement et le droit de ceux qui souffrent à mettre en œuvre  toute  recherche susceptible de lutter contre leurs maux. Mais il s’agit plutôt de  faire  le  point  sur  la légitimité  des  projets  de recherche en  cours et leur valeur scientifique. Parmi ces voix citons celle de Jacques Testart qui porte un jugement sévère  sur  ces  projets. « L’avènement de la fécondation in vitro a été l’occasion de constituer  des  embryons humains  séjournant temporairement  hors  du corps  féminin.  Les perspectives  ainsi  ouvertes d’intervention directe sur ces embryons  sont  apparues progressivement » (1) .

La production  croissante d’embryons (dûe au nombre croissant de couples traités par  FIV  et  du  nombre d’ovules  recueillis), la diminution  du  nombre d’embryons transférés pour limiter  les  grossesses multiples et la possibilité de conserver les embryons non transférés, portent à 35000 le nombre d’embryons ainsi congelés chaque année. Le « matériel » utilisable par la recherche est donc abondant (100 000 aujourd’hui) même Gène Ethique – n° 5 – mai 2000 si la loi interdit la création d’embryons à des fins de recherche…

 

Pour quel enjeu ? 

Pour  J.  Testart  les chercheurs affirmant depuis plusieurs années « qu’il est urgent de réaliser certains travaux  utilisant  des embryons  humains »  n’ont aucune proposition qui justifie une telle démarche. « Parmi toutes ces propositions pour l’usage des embryons humains, beaucoup frôlent le non-sens ou la mauvaise foi, et aucune ne correspond à un véritable projet  de  recherche  sur l’embryon. »  Même  si maintenant  des  perspectives nouvelles  de  traitement apparaissent et semblent plus motivantes  que  les  vagues projets d’il y a quelques années, « il  serait  éthiquement inacceptable de ne pas procéder préalablement à des essais à partir d’embryons animaux, et en particulier de primates. » 

 

Enfin les récentes recherches portant sur les cellules souches découvertes  dans  les  tissus d’adultes ouvrent des espoirs thérapeutiques aussi intéressants que les cellules embryonnaires et ont l’avantage de ne pas engager  l’embryon  humain. 

 

Rien ne justifie donc pour l’instant  la  levée  de l’interdiction des recherches sur l’embryon. Tout se passe donc  comme  si  « l’enjeu véritable  n’était  ni  la connaissance ni la médecine mais l’emprise de l’humanité sur tous les stades de son être. » Le débat semble donc plus  idéologique  que scientifique.

(1) J. Testart cité dans le Quotidien du Médecin 3/4/2000

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