Projet de loi bioéthique: pères en option, repères en débâcle

Publié le 9 Juin, 2021

Les trois « mesures phares » du projet de loi de bioéthique « ont en commun d’ébranler des repères symboliques qui nous constituent en tant qu’êtres humains vivant en société ». PMA pour toutes, autoconservation des gamètes et chimères homme-animal amènent une véritable « rupture anthropologique » analyse le pédopsychiatre Christian Flavigny dans une tribune du Figaro. Conséquences délétères des décisions du législateur, « l’effondrement des piliers symboliques fondant la famille est encore aggravé », « la procréation devient un peu plus une gestion quasi-marchande de la venue de l’enfant », et « le brouillage des repères de l’humain est accentué ».

Absence de père, absence de repère

« C’est donc décidé: le père est devenu un personnage facultatif pour l’enfant » s’alarme le médecin. Par simple décision législative, l’enfant n’a plus le droit de rien ressentir face à l’absence de son père, faisant fi de ses questionnements intimes. Il s’accuse alors lui-même : « n’ai-je pas mérité d’avoir mon père, d’avoir un père? ». « Lui attribuer une seconde mère par voie notariée n’y change rien », répond le pédopsychiatre, et ce « quels que soient la bonne volonté et les efforts sincères des personnes concernées ».

Plus encore, cette loi « disqualifie le principe même de paternité », car ce qui est vrai pour un enfant est vrai pour tous. Le père a pourtant une « fonction de découverte du monde extérieur », en complément du rôle maternel plus « centré sur le monde intérieur ». La paternité incarne pour l’enfant « la quête de sens, sur lui-même et sur la vie ». Les « conséquences catastrophiques » de son absence sont bien connues.

La procréation, gestion d’un plan de vie aux accents marchands ?

Le projet de loi bioéthique fait également la promotion de l’autoconservation des gamètes, qui affiche sans complexe une approche « gestionnaire de la procréation » : l’enfant doit s’intégrer dans un « plan de vie », où « la carrière professionnelle devient le cadre de référence ». Plus aucune dimension anthropologique, « celle qui pourtant donne à l’enfant le sens de sa venue au monde » : la vie n’est plus considérée comme un don reçu de ses parents « qui l’ancre dans le lien avec eux » et le fait contracter une « dette symbolique à leur égard ». Le « lien de transmission entre les générations », « dans la gratuité du don » s’évanouit au profit d’une approche aux « enjeux marchands ».

Les chimères font voler en éclats ce qui « fonde l’humain de la vie »

Quant à l’autorisation donnée à la fabrication de chimères, elle vient brouiller définitivement ce qui distingue « l’espèce humaine » des « espèces animales », c’est-à-dire, à nouveau, « le sens ». Pour Christian Flavigny, le sens « est sans doute l’atout de l’espèce humaine », mais en même temps sa « tragédie ». Car l’homme est confronté à l’ « incomplétude » –dans le vécu humain de la sexualité- comme à sa « finitude » -dans sa confrontation avec la perspective de la mort. Or la procréation « est précisément à la croisée de ces deux données qui fondent l’humain de la vie », ce qui en fait le « sujet central » de la vie humaine, tant malmenée par les lois françaises depuis quelques décennies.

 

Sources : Le Figaro, Christian Flavigny (08/06/2021) ; Photo : Pixabay\DR

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