Personnes âgées et Covid : « La mort relationnelle est-elle moins grave que la mort biologique ? »

Publié le : 22 septembre 2020

« Qui suis-je pour subir un tel sort ? Sommes-nous des pestiférés ? » « Qui a le droit de me voler ma liberté ? » Le site infirmiers.com relaie une tribune signée de plusieurs professionnels de la santé et bénévoles[1]. « Autant de cris, de phrases criées par des personnes âgées en institution. Autant de manières de déresponsabiliser ceux qui nous ont ouvert le chemin », dénoncent-ils.

« Entre le 10 mars et le 10 mai 2020, aucune visite, aucune rencontre n’avaient été autorisées en Ehpad concernant les résidents », rappellent les signataires. « Plus de kinésithérapie, ni de psychomotricité, ni d’orthophonie pour lutter contre la perte d’autonomie physique. » « Ainsi le confinement serait-il le seul moyen d’empêcher la mort ? interrogent-ils. Certainement pas puisque celle-ci est de l’ordre de l’inévitable… » « Mais de quelle mort parle-t-on ici ? (…) La mort relationnelle est-elle moins grave que la mort biologique ? Suffit-t-il d’être « pas-encore–mort » pour être encore un vivant porteur d’une existence dotée de sens ? La fin justifierait-elle tous les moyens même les plus maltraitants ? »

S’appuyant sur l’expérience de Socrate, Antigone, ou encore sur celle des moines de Tibhirine, les auteurs de la tribune affirment que « l’humain est essentiellement un être né de la relation, vivant grâce aux liens qui le tissent et héritier des fruits des relations passées qui le nourrissent ». Alors « couper les liens, mettre en réclusion, est non seulement indigne mais destructeur et inhumain », affirment-ils. « « La pire des maltraitances est de croire qu’on est bienveillant » nous rappelait Hannah Arendt. »

« Ces dérives que nous dénonçons portent profondément atteinte à la mission des institutions d’hébergement où les personnes âgées sont accueillies pour être reconnues, choyées, et soignées et pas pour être infantilisées, contenues ni instrumentalisées, déclarent les signataires. Quand la mort surviendra, qu’elle survienne chez une personne en paix comme le fruit d’une passation entre les générations. » « La manière dont chaque famille aura su accompagner ses aïeuls, aidera et laissera en chaque petit ou arrière-petit-enfant la source pour puiser en eux la force d’apprivoiser leur propre finitude et de construire demain un monde où chacun sera respecté jusqu’au bout ».

Alors ces professionnels et bénévoles lancent un appel : « Osons construire une politique où la foi en l’humain dépasse les craintes. Souhaitons que l’histoire ait un jour à nous juger, non pas sur les peurs et les soumissions qui nous auront guidés, mais surtout sur l’espace que nous aurons su réserver aux capacités à oser la relation et à entretenir la cohésion sociale ».

 

[1] Alain de Broca, médecin, philosophe ; Eugénie Poret, anthropologue ; Myriam le Sommer- Père, médecin Cosigné par : Didier Sicard, médecin ; Brigitte Herisson, infirmière ; Gérard Ostermann, médecin ; Jean-François Gomez, éducateur ; Charles Joussellin, médecin ; Luc Monnin, médecin ; Djamel Semani, médecin ; Regis Aubry, médecin ; Maria Michel, infirmière ; Gwenaelle Morainville Huet ; Mado Florit, infirmière ; Saul Karsz, sociologue ; Christophe Pacific, infirmier, philosophie ; Nicole Benoit, Bénévole Soins palliatifs ; Anne Bourgeois, Vétérinaire ; Florence Thiberghien – Chatelain, médecin ; Fédou Bénédicte, Chirurgien-dentiste ; Roger Desbetes, Unasp ; Catherine Ollivet, Association France Alzheimer ; Marie  Lortihoie, Bénévole ; Florence Lachenal, médecin ; Gisèle Chvetzoff, médecin ; Isabelle Descarpentries, psychanaliste ; Florence Jakovenko, infirmière

 

Source : Infirmiers.com, Alain de Broca et al. (18/09/2020)

 

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