Natacha Polony : La congélation ovocytaire, un “progrès” au service du profit

Publié le 20 Nov, 2014

Mi-octobre, la chaîne NBC News a révélé que Facebook et Apple étaient prêts à participer au financement de la congélation des ovocytes de leurs employées, afin qu’elles puissent retarder leurs grossesses (Cf. Synthèses de presse Gènéthique du 15/10/2014, et du 17/10/2014). Dans une tribune publiée sur le site du Figaro Vox, la chroniqueuse Natacha Polony dénonce un “progrès” au service du profit.

 

Cette pratique du financement de la congélation ovocytaire est pour le moment proposée uniquement aux Etats-Unis. Mais en réalité, “Facebook et Apple nous mettent devant les yeux notre avenir“, précise N. Polony. “Tout ce qui est scientifiquement possible se transforme inéluctablement en droit“. Et la chroniqueuse d’ajouter que “les limites imposées par la conception française de la bioéthique sont une faible digue qui prend l’eau de toute part“. La logique ? Elle est simple : “L’extension des droits individuels“. Permettre aux femmes “de mener leur vie avec la même liberté qu’un homme” souligne-t-elle.

 

Mais il y a une “ruse“. Car “ce ne sont pas des individus qui réclament des droits mais leurs employeurs qui les leur octroient“, et cela, “spontanément, ce qui devrait immédiatement inciter à la prudence, tant le fait est rare dans l’histoire des luttes“, alerte N. Polony. Finalement, “des entreprises se mêl[ent] de ce qu’il y a de plus intime pour des individus, leur décision de procréer“. Le message que ces dernières envoient donc à leur salariés, précise N. Polony, est le suivant : “Ne vous souciez plus de votre vie privée, nous vous garantissons le bonheur individuel et familial. Mais une fois que vous vous serez montré productif”. 

 

Ainsi, ce qui est en jeu dans cette avancée sociale, “c’est bien la jonction entre l’idéologie des droits individuels, pensés comme le stade ultime de la démocratie et de l’émancipation, et le déploiement d’un capitalisme qui absorbe tous les domaines de l’existence humaine“. La question à se poser, termine N. Polony, est celle de savoir si, selon le mot de George Orwell, ce “progrès” nous rend “plus humains ou moins humains“. Car les partisans de ces avancées oublient une chose, celle selon laquelle “ils sont tous les instruments d’une mécanisation de l’homme, devenu un outil comme un autre au service du profit“. 

Lefigaro.fr/vox (Natacha Polony) 17/11/2014

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