Mères porteuses : la rupture mère/enfant programmée

Publié le 4 Juil, 2008

Dans Le Figaro, Emmanuel Sapin, chef de service de chirurgie pédiatrique et néonatale au CHU de Dijon, et Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie, s’élèvent contre la pratique des mères porteuses, "contraire à l’intérêt des enfants et à celui des femmes qui les auront porté".

La gestation pour autrui (GPA) – ou maternité de substitution – implique de dissocier les trois fonctions de la maternité : la génitrice fournira ses gènes, la gestatrice portera l’enfant et l’éducatrice l’élèvera. Ici, c’est l’apport génétique que l’on veut privilégier et auquel on se réfère pour justifier cette pratique. Constat troublant quand on remarque que, dans un processus de fécondation in vitro (FIV) avec donneuse d’ovocytes, c’est justement celui-là que l’on dévalorise en considérant l’enfantement comme "le facteur déterminant de la maternité". La GPA, en établissant un "contrat de livraison du nouveau-né", "ravale la grossesse au rang de simple prestation de service sous l’autorité des titulaires du "projet parental"".

La GPA nie donc l’importance de la vie intra-utérine, au moment même où les découvertes scientifiques ont largement et maintes fois prouvé l’interaction entre les fœtus et leur mère. Comment ne pas aussi souligner l’atteinte à la dignité de la femme que provoque la GPA ? "La maternité n’a rien d’un travail industriel ou artisanal", rappellent les auteurs.

Et puis, de nombreuses questions restent en suspens, comme celles de la place du couple demandeur si la vie du fœtus ou celle de la porteuse sont en jeu, du recours possible à l’avortement, du délai de 3 jours après la naissance laissé à la mère porteuse pour éventuellement choisir de ne pas donner l’enfant, de la manière dont la mère porteuse fera accepter à ses autres enfants qu’elle devra abandonner son bébé, les conséquences que cela pourrait avoir sur ces-derniers…

Jetant un voile sur ces questions, certains, afin de légitimer la GPA, veulent l’assimiler à une procédure d’adoption. "Mais l’adoption est organisée dans l’intérêt de l’enfant pour pallier un accident de vie, alors que la gestation pour autrui impose cet accident de vie à un enfant, objet d’un désir d’adultes." Comment ne pas s’insurger contre cette programmation de la rupture de la relation mère-enfant établie au cours de la grossesse ?

Alors qu’une commission sénatoriale vient d’appeler à la légalisation des mères porteuses – bien entendu de façon "encadrée" – les auteurs savent, comme tout un chacun, "qu’entrouvrir la porte alimenterait des revendications élargies". Déjà certaines personnes homosexuelles et célibataires réclament un accès à la GPA…

"L‘intérêt des enfants devrait-il s’effacer devant la souffrance des adultes ?"

Le Figaro (Emmanuel Sapin, Tugdual Sapin) 04/07/08

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