Mères porteuses et chosification de l’humain

Publié le 30 Mai, 2008

Responsable de la Commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier Arduin se penche sur la question des mères porteuses, alors que le groupe de travail du Sénat devrait se prononcer en faveur d’une autorisation de cette pratique (cf. Synthèse de presse du 19/05/08). "Que recouvre ce nouveau brouillage de la procréation ?", s’interroge-t-il.

Deux cas de figures sont possibles : soit la mère porteuse loue son utérus afin que l’embryon issu des gamètes des parents biologiques et conçu par fécondation in vitro soit implanté ; soit elle est inséminée de façon artificielle par les spermatozoïdes du père en fournissant un de ses ovocytes (ici, la mère porteuse est donc à la fois mère gestatrice et mère génétique). Quel que soit le cas, "la mère d’intention ne deviendra la mère légale qu’après une procédure d’abandon de l’enfant à la naissance".

Un tel procédé ne risque-t-il pas de causer des dégâts psychologiques chez l’enfant ? Non, répondent ceux qui n’y voient que "l’équivalent d’une adoption". Pourtant, les parents adoptants "se situent dans une perspective d’accueil d’un orphelin déjà là" alors que, avec la pratique des mères porteuses, on fait "naître en toute connaissance de cause un orphelin de la mère qui l’a porté".

"Ce modèle, outre qu’il détruit irrémédiablement la réalité objective de la maternité, heurte de plein fouet le principe intangible d’indisponibilité du corps humain", poursuit Pierre-Olivier Arduin. En mettant à disposition ses fonctions reproductrices, la mère porteuse introduit "une confusion entre procréation, reproduction et simple production d’une marchandise, l’enfant, au moyen d’un instrument de travail, son utérus". Et ce, moyennant rémunération. Comment ne pas s’élever contre "la chosification de l’être humain" que porte au pinacle la pratique des mères porteuses ? "L’acte de renoncer à un enfant et de le céder contre rétribution le fait basculer dans le monde des choses, appropriables et disponibles, à l’inverse de la personne, radicalement indisponible." Et puis, comment ne pas imaginer que se posera un jour le problème de la "qualité" du produit négocié ?

Pour Pierre-Olivier Arduin, "investir une femme du simple rôle d’incubateur confirme le régime qui gouverne la bioéthique contemporaine" : "l’enfant, à l’état embryonnaire ou fœtal, y est appréhendé dans un rapport de fabrication où seuls comptent la matière première (les gamètes), l’ingénierie procréative et le tout-puissant projet parental". Et, à la veille de la révision de la loi de bioéthique et alors que le président de la République veut inscrire, dans le Préambule de la Constitution, des "principes nouveaux"  afin de "répondre aux défis de la bioéthique" (cf. Synthèse de presse du 09/01/08), la possible légalisation des mères porteuses "requiert un sursaut de conscience de la part de tout ce que la France compte encore d’autorités morales".

Valeurs Actuelles (Pierre-Olivier Arduin) 30/05/08

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