Loi de bioéthique : les sujets qui divisent la droite

Publié le : 24 février 2011

Valeurs actuelles revient sur les raisons qui ont poussé 15 députés UMP et 2 députés MPF à voter contre le projet de loi et à s’opposer à leur groupe politique. Retour sur les positions controversées des députés de la majorité.

Pour Dominique Souchet, député MPF, les amendements adoptés pour « améliorer » le projet de loi, « bien que nécessaires et utiles« , ne se pas suffisants : le texte « contient de nouvelles transgressions que nous devons continuer à combattre« . Pour lui, « la principale hypocrisie du texte concerne la recherche sur l’embryon. Car que peut bien signifier une interdiction qui admet de multiples dérogations ? D’autant qu’en supprimant le moratoire et le caractère révisable de la loi, le texte fait disparaître l’encadrement dans le temps et inscrit la dérogation dans le droit commun. Inclure dans la loi une dérogation à titre pérenne n’équivaut-il pas à sa reconnaissance comme principe ? Ce système d’interdiction-autorisation répond en fait à des considérations idéologiques et à des intérêts financiers, qui n’ont rien à voir avec les besoins de la science« .

Il désapprouve également l’autorisation de la vitrification ovocytaire, technique de congélation ultra-rapide des ovocytes. Une position que ne partage pas Valérie Boyer, député UMP qui a voté, elle, en faveur du projet de loi et est l’auteur des amendements sur la vitrification. « Comme le soulignent le Pr Frydman et les spécialistes de Marseille […], cette technique permet aux femmes menacées de stérilité de congeler leurs gamètes et de préserver leur chance d’avoir un enfant, tout comme les hommes sont déjà autorisés à le faire. Elle permet également de développer le don d’ovocytes et de lutter contre le tourisme procréatif. Mieux encore, elle constitue une solution alternative à la congélation des embryons et pourrait régler les préoccupations éthiques sur le devenir des embryons surnuméraires. »

« Ne soyons pas naïfs, objecte Dominique Souchet, dans un tel contexte, la vitrification aboutira à la constitution de deux stocks distincts approvisionnés, au gré de l’humeur des parents et des médecins, en ovocytes et en embryons, et prépare de redoutables conflits d’intérêts entre scientifiques et industriels. » Un article paru dans Les Echos affirme également que, pour les professionnels de l’AMP, réduire le nombre d’embryons congelés aurait des conséquences « désastreuses« . Selon eux, cela entraînerait en effet une diminution des taux de grossesse et une augmentation des grossesses multiples. Jacqueline Mandelbaum, biologiste de la reproduction, chef de service à l’hôpital Tenon à Paris, déclare qu’il s’agit « de la méthode qui permet de faire naître le plus d’enfants dans de bonnes conditions« .

Hervé Mariton, député UMP, a déclaré de son côté avoir voté contre le projet de loi « en raison de la vision de la famille sur laquelle il a été construit« , une vision qu’il qualifie de « très périlleuse« . « On nous a asséné que la famille est exclusivement culturelle, sociale. Nul ne prétend que la famille serait exclusivement naturelle, biologique. Mais nous sommes quelques-uns à penser que la famille est à la fois naturelle, culturelle, sociale et biologique, a-t-il expliqué. […] A la fois pour justifier l’extension de l’AMP […], pour étendre les conditions du don d’organe au profit d’un proche […] et parce que cela serait le constat de l’état actuel de la société, certains collègues ont défendu une vision exclusivement culturelle. »

Une telle position conduit « à la légitimation de droits individuels et instantanés » qui sont une menace « pour la solidarité et la solidité de la société« . « Oui, le monde est en mouvement, mais il ne faut pas s’y perdre. C’est le choix de la vie. »

<p>Valeurs Actuelles (Fabrice Madouas) 24/02/11 – Les Echos (Catherine Ducruet) 24/02/11</p>

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