L’IVG à domicile

Publié le 1 Mar, 2004

Un décret d’application daté du 3 mai 2002 autorise les femmes à avorter chez elles avec des comprimés. Ce décret d’application n’est pas signé mais des hôpitaux proposent déjà aux femmes de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse à domicile. "Les services des hôpitaux sont saturés, on ne propose par de rendez-vous avant trois semaines" déclare Philippe Faucher responsable du service de régulation des naissances de Bichat-Claude Bernard avant d’ajouter "cela permet de mieux répondre à la demande […]on n’est pas coincé par le nombre de lits". 

Il a donc "anticipé le truc", "bricolé" un système "qui roule bien". "On ne fait rien de complètement illégal. Ici, l’administration est coopérante" souligne t-il. Depuis, 272 patientes en ont "profité" : "le service en voit maintenant défiler 20 à 30 par mois, avec des pointes l’été et après le nouvel an" explique t-il.

A moins de 8 semaines de grossesse, envoyées par leur gynécologue, des femmes viennent chercher leurs comprimés à l’hôpital, prennent la première pilule devant la sage-femme, la seconde 48 heures après, chez elles, et avortent à domicile. Un rendez-vous pour une visite de contrôle est normalement prévu 15 jours plus tard.Philippe Faucher dénonce la prescription ultra réglementée de ces produits comme l’est celle de la morphine : "Ce n’est pas toxique en quoi que ce soit, c’est inoffensif. Sauf que ça fait avorter".

Fatou, 34 ans, témoigne. On lui a proposé que ça se passe chez elle sinon, c’était 3 semaines d’attente. "J’ai dit que je préférais les médicaments. Je suis musulmane, ce n’est pas légal dans ma religion. Je préférais être tranquille à la maison". Son gynécologue en ville , puis la sage-femme à l’hôpital l’avaient prévenue "ça peut faire mal. Vous pouvez saigner beaucoup. Vous allez vivre la fausse couche en direct. Il ne faut pas que vous soyez seule chez vous, soyez entourée." La plupart des patientes ne reviennent pas en visite de contrôle.

Selon Philippe Faucher "il paraît que les femmes sont contentes" car la méthode est plus compatible avec leur emploi du temps, puisque l’expulsion peut se faire le week-end.

Toutes les femmes ne peuvent pas avoir accès à cette méthode. "Une femme hyper angoissée n’est pas la bonne cliente". Une femme isolée et sans téléphone non plus.Quant aux femmes qui ne parlent pas le français, c’est non seulement pas d’IVG à la maison, mais pas d’IVG médicamenteuse du tout, indique Philippe Faucher. Enfin, "les mineures qui avortent sans l’autorisation des parents sont peut être les seules qui ont besoin d’une hospitalisation" ajoute t-il. "Ensuite, elles racontent ce qu’elles veulent à leur parents".

Le gouvernement s’est engagé à accélérer le mouvement…

Libération (Julie Lasterade) 28/02/04

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