Les points chauds du projet de lois de bioéthique

Publié le : 10 janvier 2002

A partir du 15 janvier, le projet de loi relatif à la bioéthique sera soumis aux députés.

Pour Alain Claeys, rapporteur de cette loi, «  le texte proposé représente un bon point d’équilibre entre le droit des malades à être mieux soignés, la liberté des chercheurs à mener leurs travaux et le respect absolu de la dignité humaine « . 

Hier, la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée de ce projet de loi a adopté l’article interdisant le clonage reproductif. Le débat reste entier sur l’autorisation ou l’interdiction des recherches sur les cellules souches embryonnaires, de l’utilisation des embryons surnuméraires et du clonage thérapeutique. 

Alain Claeys est favorable à la recherche sur les cellules souches embryonnaires  » à condition de bien l’encadrer en exigeant notamment le consensus des deux membres du couple dont l’embryon est issu « . 

Jean François Mattéi et Michel Camdessus (ancien directeur du FMI et président des Semaines Sociales de France ) sont opposés à l’utilisation des cellules souches humaines d’origine embryonnaire. Jean François Mattéi met en avant le potentiel que réserve les cellules souches adultes «  ces dernières ne posent pas les mêmes problèmes éthiques et possèdent de réelles capacités de différenciation  » ,  » transformer [ l’embryon ] en réservoir de matière première me paraît d’autant moins urgent que les travaux sur les cellules souches adultes ouvrent aujourd’hui de formidables perspectives » et rajoute «  le texte qui nous est proposé est beaucoup trop en avance par rapport à l’état actuel de la science. Les chercheurs sont loin d’avoir expérimenté le potentiel de ces cellules sur l’ensemble des modèles animaux. Leurs résultats sont peu nombreux et hypothétiques.

 

 » Pour Jean François Mattéi  » l’honneur des chercheurs serait de déployer des moyens sans précédent pour multiplier les travaux sur ce type de cellules. La France pourrait alors être dans le wagon de tête de ce train, plutôt que d’être à la traîne d’autres pays dans le domaine des cellules souches embryonnaires. »  

Les chercheurs français sont partagés sur le sujet. Pierre Tambourin, directeur de Genepole, dénonce l' » hypocrisie  » des adversaires de l’utilisation des cellules souches embryonnaires humaines qui tout en voulant l’interdire en France,  » accepteront les retombées de découvertes faites hors de l’Hexagone « .

La disposition sur l’autorisation ou non du clonage thérapeutique a été retiré du projet de loi. Le débat est également vif sur ce sujet. Pour Pierre Montagut, spécialiste toulousain de la fécondation in vitro,  » la constitution par clonage d’embryons humains destinés à la recherche ne se justifie pas scientifiquement. Chez le mammifère, les expériences ne sont pas concluantes : pour obtenir un seul embryon, il faut manipuler plus d’une centaine d’ovocytes et les malformations sont nombreuses. Il serait déraisonnable d’autoriser cette pratique chez l’homme. » D’autres préviennent que le clonage thérapeutique est la première étape technique vers le clonage reproductif. Pierre Tambourin, encourage le recours au clonage thérapeutique, qui présente selon lui un enjeu majeur dans la guérison de certaines maladies incurables.

Enfin la question du devenir des embryons surnuméraires, c’est à dire des embryons obtenus par fécondation in vitro non transférés dans l’utérus et conservés par congélation, reste entière. Certains préconisent, pour ne pas les supprimer, de les utiliser pour la recherche. D’autres refusent cet argument. Pour eux il faut limiter le nombre de ces embryons. Michel Camdessus explique  » la fin ne justifie pas les moyens. Et la perspective d’hypothétiques traitements thérapeutiques ne rend pas légitime le sacrifice d’une vie commençante « .

Pour plus d’informations, consultez les dossiers  suivants :

le clonage
les cellules souches 

<p>L'Express 10/01/02 - Le Figaro 10/01/02</p>

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