L’embryon humain réduit à un « matériau à gérer »

Publié le : 12 avril 2011

En faisant le choix de révoquer le régime d’interdiction de la recherche sur l’embryon humain le 8 avril 2011 (Cf. Synthèse de presse du 08/04/11), le Sénat se positionne clairement en faveur d’une vision matérialiste et scientiste de la vie. Si ce vote était confirmé en deuxième lecture, "plus aucune exigence éthique, même symbolique, ne s’opposerait à la réduction de l’embryon humain au statut de matériau de laboratoire entièrement disponible au bon vouloir des firmes pharmaceutiques et autres consortium de recherche" souligne Pierre-Olivier Arduin.

Il rappelle les propos tenus en 1979 par Pierre Simon, gynécologue-obstétricien et maître de la Grande Loge de France dans son livre De la vie avant toute chose qui révélait le programme franc-maçon dans les programmes législatifs à venir : "Pour nous, les concepts qui sous-tendent la morale de notre temps se redéfinissent à la faveur des acquisitions scientifiques nouvelles […]. Cette nouvelle approche de la vie – celle du gestionnaire -, rien ne peut l’arrêter".  30 ans plus tard, une majorité de sénateurs lui ont donné raison. En faisant de la liberté de la science et de la recherche un nouveau droit opposable au respect de la vie et de la dignité humaine, ils "ont soustrait radicalement l’embryon humain à la portée protectrice du principe de dignité". Le vote du Sénat méprise en effet le Code civil lui-même qui dispose que la loi "garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie". L’Assemblée nationale et le gouvernement avaient souhaité honorer, au moins symboliquement, cette disposition du Code civil en maintenant l’interdiction de principe de la recherche sur l’embryon humain. Le vote du Sénat se lit au contraire comme "une charge virulente contre toute limitation éthique au progrès biotechnologique. Déqualifiant irrémédiablement l’être humain dans sa condition embryonnaire, le nouveau projet de loi impose la maîtrise du vivant comme l’un des nouveaux facteurs d’organisation de la société, témoignant d’une vision fondamentaliste et prométhéenne de la science".

De cette vision scientiste gestionnaire découle aussi le choix de l’eugénisme par le Sénat qui a refusé que soit supprimée l’obligation faite aux médecins de proposer systématiquement le dépistage prénatal (DPN) à toutes les femmes enceintes en France (Cf. Synthèse de presse du 07/04/11). Proposition systématique du DPN dont on sait qu’il se manifeste toujours plus comme "une traque du handicap" et qu’il "a produit par effet de système une dynamique d’incitation dans les choix des femmes, induisant des décisions allant presque toutes dans le sens d’une interruption de grossesse en cas de risque avéré de trisomie 21". La philosophie matérialiste annoncée par Pierre Simon, modifiant radicalement le concept même de vie, revendique cet eugénisme : "La logique du gestionnaire conduit à rationnaliser de plus en plus la vie […] pour parvenir au plein épanouissement de ses possibilités. Regardons les choses en face : un mongolien entre-t-il dans ce cadre ? La vie est ce que les vivants en font : la culture la détermine".

Dans son encyclique Caritas in veritate, le Pape Benoît XVI a averti contre les prémisses de l’avènement d’une biocratie implacable dans nos sociétés : "On ne peut minimiser les scénarios inquiétants pour l’avenir de l’homme ni la puissance des nouveaux instruments dont dispose la culture de mort […]. Derrière tout cela se cachent des positions culturelles négatrices de la dignité humaine".

La vision scientiste qu’entérinent les choix effectués par le Sénat dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique ne correspond pas à l’opinion publique. Le député Jean Leonetti, interrogé par Direct Matin, le rappelle : "Les états généraux de la bioéthique […] ont permis de mettre en place des jurys citoyens qui ont délibéré sur ces questions sans experts. Ces personnes, qui ont donc exprimé leur conviction, ont dit être contre les mères porteuses, […] contre la recherche à tout-va sur l’embryon. Cela montre que l’opinion est plus sage que ce que peuvent penser certains lobbies".

Liberté Politique.com (Pierre-Olivier Arduin) 08/04/11, 11/04/11 - Direct Matin 12/04/11

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