Le Pr Huriet dénonce la proposition de loi autorisant la recherche sur l’embryon

Publié le : 8 mars 2013

 Dans une interview accordée à La Vie, le Pr Claude Huriet, médecin et président de l’Institut Curie, ancien membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et ancien sénateur engagé sur les précédentes lois de bioéthique, dénonce la proposition de loi autorisant la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 31/01/2013, 04/02/2013 et 26/02/2013). Auditionné ce mercredi avant que la proposition de loi ne soit examinée à l’Assemblée nationale le 28 mars prochain, le médecin « parle d’un projet déphasé par rapport à la réalité scientifique« . 

 

Interrogé sur les raisons de son opposition à cette proposition de loi, le Pr Claude Huriet explique que depuis 2011, date à laquelle la dernière loi de bioéthique a été votée, « il n’y a aucun évènement nouveau » qui justifierait que le principe d’interdiction avec dérogation posé par cette loi soit modifié. « Au contraire, [précise-t-il], il y a de plus en plus d’éléments qui invitent à aller dans une toute autre direction que la recherche sur l’embryon« . Pour le médecin et président de l’Institut Curie, cette proposition de loi « tombe comme un cheveu sur la soupe!« , et son seul objectif « est de changer le mot ‘interdiction’ par ‘autorisation’. Le mécanisme est idéologique, il repose sur le déni de l’existence de nombreuses alternatives, afin de présenter la recherche sur les cellules souches embryonnaires comme seule source d’espoir« . 

 

En outre, il souligne que ce projet d’autorisation de la recherche sur l’embryon n’a « pas de finalité médicale« . Dans le cadre de la recherche embryonnaire, ajoute-t-il, « nous sommes allés de désillusion en désillusion […]. Le seul intérêt, c’est de faire de la recherche fondamentale, mais cela n’est pas ce dont on nous parle« . Ainsi, précise-t-il, « je m’oppose au fait qu’on fasse croire à la population que cette recherche est source d’espoir thérapeutique alors que cela fait quinze ans qu’elle n’a donné aucune application médicale, et que ceux-là mêmes qui y croyaient à l’étranger en ont convenu et l’ont abandonnée« . Et « les publications scientifiques récentes permettent de fonder un réel espoir thérapeutique sur les cellules souches adultes« ,  telles que « les fameuses iPS du prix Nobel Yamanaka » (Cf Synthèses de presse Gènéthique du 22/10/2013, 16/11/2012 et 08/10/2012). Pour le Pr Claude Huriet, « c’est de ce côté là que s’est déplacé l’espoir thérapeutique: nous sommes dans un contexte scientifique tout à fait différent de celui dans lequel ces lois ont été faites; et cette proposition de loi n’en tient pas compte« . 

 

Enfin, la journaliste termine en mentionnant que la question de fond serait, « semble-t-il, un désaccord sur le statut de l’embryon« . A ce sujet, le Pr Claude Huriet explique que « toute la difficulté [est] de passer du questionnement éthique au registre de la loi« , ajoutant que « sur l’embryon, on ne peut aboutir à un consensus, sauf à exiger de certains qu’ils renoncent à leurs valeurs« . Par conséquent, « il faut, [selon lui] sortir d’un positionnement idéologique sur l’embryon, et sortir des calculs politiques qui font et défont ces textes, pour se placer sur un registre scientifique« . 

<p> lavie.fr (Joséphine Bataille) 07/03/2013 </p>

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