Le “pass contraception” ne suffira pas à résoudre le problème

Publié le 27 Avr, 2011

Mardi 26 avril 2011, le "pass santé contraception" a été mis en place en Ile-de-France. Ce dispositif consiste à remettre aux lycéens qui  le demandent, par l’infirmière de leur établissement, des coupons leur donnant accès gratuitement et anonymement à une contraception (Cf. Synthèse de presse du 26/04/11). 159 000 adolescents seraient concernés, selon le Conseil régional.

Ce pass vise à faire reculer le nombre d’avortements chez les mineures, nombre qui est en hausse constante depuis les années 1990 – pour un taux annuel dans la population générale qui reste, lui, relativement stable. Natalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm, rappelle pourtant que, si l’initiative peut faire reculer le nombre de grossesses non désirées, elle "ne suffira pas à résoudre le problème" et encore moins à faire baisser le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG). En effet, le rapport entre accès à la contraception et baisse des IVG n’a rien d’automatique : l’augmentation des IVG n’est pas due à un mauvais recours à la contraception mais à une "norme procréative" qui a changé, explique-t-elle. "Aujourd’hui, pour un même taux de grossesses non prévues, on recourt plus facilement à l’IVG" : chez les 14-15 ans, on est passé de 65% de grossesses non désirées interrompues en 1990 à 79% en 2005, et de 54% à 67% chez les 16-17 ans sur la même période.

L’enjeu n’est donc pas tant de renforcer l’accès à la contraception que de "changer le discours sur la sexualité", explique Natalie Bajos : "Plus on a un discours positif, qui insiste sur le lien, le partage, le respect de l’autre, et moins il y a de grossesses non désirées".

Une analyse que partage la Confédération nationale des Associations familiales catholiques (Cnafc) qui rappelle que "plusieurs études montrent (…) que la diffusion de la contraception en France n’a pas fait baisser le nombre d’avortements. Cette situation tient au fait que le recours à l’avortement prend naissance en particulier dans des conceptions erronées de la sexualité qui procèdent de la même logique que celle pouvant justifier le recours à la contraception." Pour Pascale Morinière, sa vice-présidente, on ne peut s’en tenir à une "information technique, scientifique, comme c’est encore trop souvent le cas dans les cours d’éducation sexuelle à l’école" : il faut une "véritable éducation affective, relationnelle et sexuelle" des jeunes. Elle redoute que le pass contraception soit un "parapluie derrière lequel on s’abrite" pour ne plus s’occuper d’une telle éducation à l’amour.

Par ailleurs, "

au moment où les parents ont plus que jamais besoin d’être confortés dans leur vocation de premiers éducateurs et d’être soutenus pour aborder ces graves question, toutes les pistes ou initiatives qui conduiraient à accentuer leur exclusion – par exemple en facilitant la distribution de la contraception dans les établissements scolaires – seraient particulièrement déplacées"

, proteste encore la CNAFC.

La Croix (Marine Lamoureux)  27/04/11 – Gènéthique 27/04/11

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