Le DPN au Forum européen de bioéthique : « un eugénisme qui ne dit pas son nom »

Publié le : 7 février 2012

Du 30 janvier au 4 février 2012 à Strasbourg, lors de la 2ème édition du Forum européen de bioéthique, plusieurs intervenants ont dénoncé un "eugénisme qui ne dit pas son nom", conséquence directe du dépistage des maladies et malformations des embryons et fœtus.
Selon le Dr Patrick Leblanc, gynécologue obstétricien à Béziers et coordinateur du comité pour sauver la médecine prénatale (CSMP), le développement du diagnostic prénatal (DPN), ainsi que le dépistage quasi-systématique de la trisomie 21, nous a fait passé d’une "médecine de soin" à "une traque du handicap". Le médecin dénonce que "l’enfant à venir est présumé coupable et qu’il doit prouver sa normalité". Il rappelle enfin que 96% des fœtus détectés trisomiques, qui ne répondent pas aux critères de normalité, sont avortés.

    Pour le Pr. Didier Sicard, qui a présidé durant neuf ans le Comité consultatif national éthique (CCNE), par ces tests de dépistage, "Le principe de précaution s’est glissé dans le domaine de l’obstétrique" et a conduit à une "sélection" des bébés à naître. Plus spécifiquement, il alerte sur le dispositif "mis en place pour détecter les cas de trisomie 21" et souligne la gravité du fait qu’aujourd’hui "un enfant trisomique est considéré comme une erreur médicale, car il n’a pas été dépisté et on l’a laissé naître". Pour lui, cela montre que si l’ "on refuse l’eugénisme collectif, organisé", on accepte "dans la pratique […] un eugénisme individuel".
Didier Sicard s’inquiète d’ailleurs de l’accélération des techniques d’analyses génétiques qui aggrave cet eugénisme latent : "On commence à trouver sur internet des tests, totalement illégaux bien sûr, qui vous promettent de dépister 400 maladies sur votre bébé, à partir d’une gouttes de sang de la mère".  Ces tests, qui deviennent de plus en plus fiables, accessibles et précoces, incitent les femmes à avorter en fonction de leurs résultats. Le Pr. Sicard évoque alors "l’idée très préoccupante de l’enfant jetable qui se tient à nos portes".

Pour Israël Nisand, professeur de médecine, chef du pôle gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg, initiateur et vice-président du Forum européen de bioéthique, ainsi que pour Pascal Pujol, professeur de médecine à Montpellier, le diagnostic préimplantatoire n’est pas assimilable à un eugénisme. Cependant, le Pr. Nisand rappelle son inquiétude face à un système qui accepte, du fait des risques de l’amniocentèse, d’éliminer deux fœtus sains pour un fœtus détecté trisomique  Il estime que cette "politique […] relève de l’eugénisme. On est passé d’une logique de diagnostic à une logique de dépistage, de façon autoritaire, et pour de mauvais arguments économiques".
Selon le professeur Nisand, le dépistage de la trisomie 21 répond à des intérêts économiques, à un "calcul" : "les PDG d’Amerstham et Kodak, les grandes multinationales qui font les tests de dépistage […] sont venus dire qu’ils employaient 50 000 personnes en France et qu’ils souhaitaient que les dépistages soient remboursés", d’autant "qu’ils ne peuvent les vendre aux Etats-Unis parce qu’ils ne sont pas pris en charge". On a alors calculé qu’ "un dépistage coûte l’équivalent de deux ans de la vie d’une personne trisomique 21, or celles-ci vivent environ jusqu’à 75 ans". Pour le Pr. Israël Nisand, la politique de dépistage de la trisomie 21 est "une mesure d’ordre économique", qu’il qualifie d’ "eugénisme économique".

Les Echos.fr (Arnaud Bouvier) 05/02/12 - Le Point.fr 05/02/12 - Le Parisien.fr 05/02/12 - aufeminin.com 06/02/12 - 20minutes.fr 05/02/12 - Romandie News 05/02/12 - Terrafemina .com (Marie-Laure Makouke) 06/02/12 - Maxisciences 06/02/12 - Alsace.fr (Sailesh Gya) 06/02/12 - Républicain Lorrain 06/02/12 - La Vie (Joséphine Bataille) 26/01/12 - DNA 31/01/12 - Poly (Thomas Flaguel) Jan/Fév 2012

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