Laisser les parents sélectionner leur descendance ?

Publié le : 31 mai 2010

‘Laissons les parents décider », telle est la proposition du Professeur Alan Handyside (London Bridge Fertility, Royaume-Uni) dans la très sérieuse revue Nature, vingt ans après la première naissance après un diagnostic préimplantatoire (DPI). Le Pr. Handyside est l’un des pionniers de la technique du diagnostic préimplantatoire (DPI) qui permet, dans le cadre d’une fécondation in vitro, de n’implanter dans l’utérus maternel que les embryons indemnes d’une maladie génétique recherchée. Le Bridge Center de Londres avait déjà annoncé, en 2008, une technique permettant d’éviter toutes les maladies génétiques (Cf. Synthèse de presse du 24/10/08).Selon le Pr Handyside,  »A mesure que l’analyse du génome deviendra plus facile et moins coûteuse, les médecins seront capables de tester les embryons pour un nombre bien plus important de défauts chromosomiques ou génétiques. Et, de la même façon, de fournir des informations sur les caractéristiques physiques et les prédispositions aux maladies les plus communes des enfants à naître ».

 

Pour autant, des objections pratiques s’opposent à la possibilité de parvenir à une société de l’enfant parfait. D’une part, le DPI est une procédure lourde, douloureuse pour la femme et non sans danger pour l’enfant à naître. Comme le fait remarquer l’anthropologue canadienne Chantal Bouffard (université de Sherbrooke, Québec),  »Les faibles taux de réussite ne permettent pas de penser que [le DPI] pourrait être utilisé d’une façon systématique ». De fait, bien des femmes, même se sachant porteuses du gène d’une maladie grave, préfèrent le diagnostic prénatal. D’autre part, sont conçus moins d’une dizaine d’embryons à chaque fécondation in vitro ; ce chiffre rend impossible toute recherche au-delà de plus de deux ou trois caractères génétiques prédisposant aux cancers, au diabète, aux maladies cardiovasculaires, etc.

 

Le directeur scientifique du Bridge Center avait déjà reconnu cette difficulté (Cf. Synthèse de presse du 27/10/08).Dans une interview accordée au journal Le Monde le 29 mai 2010, Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg revient sur les propos du Pr Handyside. Il estime comme lui que c’est aux parents de décider d’un DPI pour deux raisons : il serait immoral que la société puisse établir une liste de maladies à dépister et il ne serait pas admissible que ce soit les médecins qui décident  »à eux seuls qui va vivre et qui ne va pas vivre ». Les plus légitimes, selon lui, seraient donc les parents, correctement informés :  »Parfois , les parents demandent n’importe quoi. Ils en ont le droit, mais les médecins ont alors le devoir de ne pas répondre à leur demande. C’est pourquoi la solution retenue par la loi française, sur ce point, me paraît la meilleure ».En France, le DPI, autorisé depuis 1994, concerne les familles touchées par  »une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable » (mucoviscidose, chorée de Huntington, hémophilie, certaines formes de myopathies et de handicaps mentaux). Cette technique a également déjà été utilisée pour dépister certains prédispositions génétiques au cancer. La notion de  »particulière gravité » est laissée à la libre appréciation des équipes médicales par le législateur.

 

Si, à l’instar du Conseil d’Etat, le Comité consultatif national d’éthique, se dit défavorable à l’établissement d’une liste de maladies ouvrant la voie au DPI, il propose cependant d’ajouter le dépistage de la trisomie 21 à tout DPI. Actuellement, entre 200 et 300 familles sont concernées chaque année par le DPI. Trois centres le pratiquent en France (Paris, Strasbourg et Montpellier).A l’étranger, les pays comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Suisse interdisent le DPI. D’autres Etats l’autorisent de façon assez large. Aux Etats-Unis, certains centres d’aide à la procréation proposent de choisir le sexe de l’enfant. En Israël, les couples ayant quatre enfants du même sexe peuvent demander un DPI pour le cinquième enfant.

<p>Le Monde (Catherine Vincent) 29/05/10</p>

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