L’activité de certains gènes augmente après la mort cérébrale

Publié le 1 Avr, 2021

Des chercheurs américains ont montré que « certains gènes présentent une activité étonnamment élevée jusqu’à 24 heures après la mort ». Des résultats qui pourraient impliquer une révision de la définition de la mort par l’Organisation mondiale de la santé, actuellement caractérisée comme « la disparition irréversible de l’activité cérébrale ». L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports[1].

Les scientifiques ont utilisé des tissus cérébraux humains prélevés à des patients souffrant d’épilepsie et ayant subi une chirurgie afin d’atténuer leurs convulsions. Après avoir « simulé une mort contrôlée », l’équipe de Jeffrey Loeb de l’Université de l’Illinois a analysé « l’expression des gènes au cours des 24 heures suivant la mort ».

Des gènes encore actifs, et d’autres qui s’activent après la mort

L’activité des gènes « assurant les fonctions cellulaires de base » est « restée relativement stable pendant 24 heures ». Ceux « étroitement impliqués dans l’activité cérébrale humaine telle que la mémoire, la pensée et l’activité convulsive » ont vu leur activité se dégrader « rapidement » dans les heures qui ont suivi la mort. A l’inverse, l’activité d’autres gènes augmente « fortement », « au fur et à mesure que celle des gènes neuronaux décline ». Un groupe de gènes surnommé « zombies » par Jeffrey Loeb qui sont « spécifiques aux cellules inflammatoires appelées cellules gliales ».

« La plupart des études supposent que tout s’arrête dans le cerveau lorsque le cœur cesse de battre, mais ce n’est pas le cas », souligne Jeffrey Loeb. Pour le chercheur, « il n’est guère étonnant que les cellules gliales continuent à grossir après la mort, étant donné qu’elles jouent un rôle inflammatoire et que leur travail consiste à nettoyer les dégâts après des lésions cérébrales comme une privation d’oxygène ou un accident vasculaire cérébral ».

Une précédente étude de l’Université de Washington, datant de 2016, avait d’ailleurs trouvé des résultats similaires chez les animaux. Les scientifiques avaient notamment montré que plus de 1.000 gènes étaient actifs post mortem, dont certains vingt-quatre voire quarante-huit heures après le décès de l’animal.

 

NDLR : « Lors de la discussion qui a tourné autour de la « mort cérébrale » à partir de 1968, un des arguments présenté avec insistance par ceux qui étaient contre ce concept était que la mort était un phénomène progressif, et que de nombreuses cellules demeuraient vivantes dans les tissus des heures ou des jours après que la mort du sujet eut été déclarée légalement, rappelle Jacques Suaudeau, docteur en médecine et chirurgien, directeur scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie jusqu’en 2015, membre du Comité d’éthique du Conseil de l’Europe et du Comité d’éthique de l’Unesco. Au niveau du cerveau on avait montré que des zones entières y demeuraient actives après la mort, en particulier au niveau de l’axe hypothalamo-pituitaire (hypophyse et noyaux gris centraux). Il n’y a donc aucune surprise à ce que Jeffrey Loeb et son équipe de l’Université de l’Illinois aient trouvé une maintenance d’expression des gènes (activité transcriptionnelle) au niveau des neurones, activité qui diminue rapidement en parallèle avec la réduction d’activité postmortem des neurones. » Pour le scientifique, « le surprenant est l’apparition d’un accroissement d’activité de l’astroglie (le tissu de support) (cellules gliales) alors que l’expression neuronale diminue pour disparaitre ». Et « il serait intéressant que l’on fasse une étude semblable sur d’autres tissus ou organes, cœur, rein, tissu adipeux ». Mais, « cette survie cellulaire ne veut pas dire survie d’organes », précise Jacques Suaudeau.

[1] Selective time-dependent changes in activity and cell-specific gene expression in human postmortem brain

Sources : Futura Sciences, Céline Deluzarche (27/03/2021) ; Pourquoi Docteur, Thierry Borsa (26/03/2021) ; Slate, Juliette Thévenot (30/03/2021) – Photo : Pixabay