La portée philosophique de l’Arrêt Perruche

Publié le : 15 janvier 2002

Jean Jacques Delfour, philosophe, analyse dans le journal l’Humanité, la portée philosophique de l’arrêt Perruche qui selon lui, n’a pas été interprétée à son niveau.

 

Il souligne que le débat s’est cristallisé sur des considérations techniques concernant la causalité médicale ou la prise en charge sociale des handicapés. Il rappelle dans un premier temps que  » la médecine procréative, aussi bien naturelle qu’assistée, est très largement eugéniste. La discrétion et le caractère technique des procédures, le cautionnement médical et scientifique, l’absolue légitimité du désir parental d’avoir des enfants « en bonne santé », tout cela conspire à « éradiquer », dit-on, les malformations et les anomalies, c’est à dire « in fine », à empêcher de vivre ceux qui les portent.

 

Autrement dit, il n’y a pas de place, socialement, pour les handicapés – d’où l’insuffisance notoire des dispositifs solidaires « . Puis il ajoute que «  le succès de la technique de fécondation in vitro atteste un pouvoir réel sur la procréation « . Ainsi, pour les parents  » si le pouvoir médical est si grand dans la médecine de la procréation assistée, il n’y a pas de raison qu’il le soit moins dans la médecine obstétricale « . Jean Jacques Delfour montre à partir de là combien «  la recherche d’un responsable auquel les parents puisse imputer la faute de l’existence d’un enfant handicapé atteste précisément une disparition totale de la responsabilité « .

Pour lui,  » la médecine procréative, d’assistance ou naturelle, donne un pouvoir exorbitant de vie et de mort sur les fœtus, selon des critères dépourvus de toute dimension éthique. Mais elle le soustrait aux parents puisque ce sont les médecins qui font les actes techniques qui fournissent les éléments dérisoires qui emportent par eux seuls le choix. La biologie a remplacé l’éthique (…). Le pouvoir médical est devenu si puissant (…) que les parents ne sont pas des sujets éthiques capables de recevoir l’altérité de l’enfant, mais des enfants eux-mêmes désirants seulement qu’on satisfasse, par n’importe quel moyen, à n’importe quel prix, leurs désirs « .  » Ainsi, la responsabilité est morte avec la destruction douce de l’interdit fondamental et absolu : l’autre est tout à fait autre, c’est à dire irréductible à sa définition biologique « .

Il conclut enfin  » le pouvoir médical sert un biologisme eugéniste sans éthique et coopère à l’abandon du statut du sujet éthique pour favoriser celui d’être de désir assisté par la toute puissance technique et scientifique « . 

 

Pour lire l’article dans son intégralité : http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-01/2002-01-11/2002-01-11-048.html 

<p>L'Humanité 11/01/02</p>

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