Jacques Testart : la FIV mérite-t-elle un Nobel ?

Publié le : 6 octobre 2010

Dans le Quotidien du médecin, le biologiste français Jacques Testart, « père » du premier bébé éprouvette en France, avoue sa surprise au sujet du prix Nobel de médecine attribué au biologiste britannique Robert G. Edwards, « père scientifique » avec le gynécologue Patrick Steptoe, du premier bébé éprouvette au monde (Cf. Synthèse de presse du 05/10/10). « Il ne s’agit pas de nier l’apport décisif de ce biologiste à la procréation médicalement assistée (PMA) mais c’est comme si, dans l’air du temps de la technoscience, les jurés du Nobel avaient voulu récompenser un entrepreneur« , explique-t-il. Si Robert Edwards a travaillé avec acharnement pendant 15 ans avant la naissance de Louise Brown et invité divers praticiens, biologistes, gynécologues, généticiens, à faire connaître leurs travaux pour faire progresser la PMA, notamment à travers la revue Human Reproduction qu’il a créé, « cela mérite-t-il un Nobel ? » « Je croyais cette récompense réservée à des découvertes, pas à des inventions« .

Jacques Testart rappelle que la réussite de la fécondation in vitro (FIV) humaine n’aurait été possible sans les travaux précédents menés sur des animaux par plusieurs chercheurs tels que Charles Thibault en France et M. C. Chang aux Etats-Unis, qui en 1958, ont obtenu, indépendamment, un succès de la FIV chez le lapin. Jacques Testart souligne que la FIV est « une technologie inventée par des biologistes de la procréation animale » et il fait remarquer qu’aucun des pionniers de la FIV humaine n’était médecin : Robert Edwards est biologiste de formation, l’australien Trounson est vétérinaire, et lui-même agronome. Ces biologistes ont su « convertir les travaux menés chez l’animal (et qui ne vaudront aucun prix Nobel…) à l’espèce humaine« .

Le Quotidien du médecin interroge également le Pr Georges David, créateur des premiers Centres d’études et de conservation des oeufs et du sperme (Cecos) en France, qui se félicite de la récompense décernée à Robert Edwards. Il explique que le Pr. Edwards a été le premier à penser à l’utilisation des embryons pour la recherche même si le terme moderne de « médecine régénérative » n’existait pas. « Le Pr Edwards avait non seulement l’objectif de la FIV, mais il avait perçu dès cette époque les potentialités des cellules souches embryonnaires. Il avait déjà posé cette notion, qui a mis ensuite longtemps à se faire jour. La notion que les cellules souches embryonnaires pourraient avoir dans l’avenir une valeur pour être utilisées en réparation des organes de l’adulte« .

Pour Jacques Testart, le Nobel aurait plutôt dû être attribué « au chercheur qui a permis la plus grande découverte depuis un demi-siècle : le Japonais Yamanaka qui a montré que des cellules d’adultes peuvent retrouver leur virginité embryonnaire, extraordinaire source de travaux fondamentaux ainsi que de développements médicaux. »

<p>Le Quotidien du médecin (propos recueillis par le Dr. Béatrice Vuaille) 05/10/10</p>

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