Jacques Testart alerte sur les dessous du manifeste des 130 médecins

Publié le : 4 avril 2016

Jacques Testart analyse de nouveau les revendications du manifeste des 130 médecins paru le 17 mars dans le Monde (cf. PMA : 130 médecins et biologistes « hors la loi » réclament un plan infertilité).

 

En introduction, il suspecte les signataires, qui « revendiquent l’extension de leur exercice corporatiste », de « conflits d’intérêts ». Il dénonce ensuite l’argument consistant à vouloir faire en France ce qui est disponible dans des pays voisins : « à quoi servirait donc d’avoir développé un lourd dispositif national pour la bioéthique si le seul constat que d’autres font autrement, le plus souvent grâce à un dispositif éthique très allégé, pourrait suffire à les imiter ? ». Il n’est pas question de « se suffire de ce mimétisme ». La « bioéthique est toujours affaire de limites et la casuistique nous révèlera sans cesse des situations exceptionnelles justifiant de nouvelles extensions si des principes forts ne sont pas affirmés » (cf. PMA : Les revendications des 130 médecins et biologistes « montrent la ruine de la réflexion éthique » ).

 

Concernant le don d’ovocyte, il décrypte l’idée des signataires qui «souhaitent que le don d’ovocytes soit rémunéré car c’est la seule solution pour fournir leurs actes ».

 

Par ailleurs, la demande d’élargissement de l’autoconservation ovocytaire repose sur « un abus » du Manifeste qui établit « une symétrie avec l’autoconservation du sperme ». Il confond ainsi « inégalité avec différence », or « les différences entre les sexes existe encore ». En outre avec ce même « souci de symétrie », les signataires « pourraient vouloir abolir la possibilité de porter un enfant dès qu’une solution technique sera disponible (utérus artificiel ou utérus greffé chez l’homme) » (cf. L’inégalité homme-femme, un faux argument pour justifier l’autoconservation ovocytaire ).

 

En outre, « il est à parier que la plupart des femmes qui stockeraient ainsi leurs ovocytes pour plus tard n’en auront jamais l’usage ». Cette proposition n’est-elle pas alors « la mise sur rail d’une lourde machine, d’une surmédicalisation aux résultats très incertains ?».

 

Jacques Testart voit également dans cette revendication une autre dérive : « Les signataires n’évoquent pas la perspectives de voir commercialisés ces ovocytes congelés et donc susceptibles de voyager, ou d’éventuels embryons en résultant. En effet, tout embryon conçu dans un cycle de FIV fait l’objet d’une déclaration obligatoire à l’Agence de Biomédecine, ce qui n’est pas le cas de chaque gamète, si bien que le mariage clandestin de ces gamètes au laboratoire est susceptible de produire des embryons disponibles pour la recherche ou la vente ».

 

Enfin, concernant le DPI, il constate que les médecins « ne redoutent aucunement la sélection humaine dès lors qu’elle est supposée empêcher des handicaps et qu’elle est pratiquée à la demande des parents ». Il s’agit d’un « eugénisme mou, savant et démocratique ». Et même si « la violence eugénique se fait discrète, ses effets pourraient être considérables » : « on peut parier que ‘l’acquis du DPI’ ne sera pas plus réversible que celui des autres technologies sécrétant des demandes et des désirs, et que la seule évolution crédible de la sélection ultra précoce de l’humanité est son extension sans fin ».

 

Jacques Testart appelle à la méfiance envers ce « discours compassionnel inspiré par des motivations variées et faisant fi de l’épanouissement durable des humains, surtout des enfants, grands absents de ce Manifeste pourtant consacré à leur fabrication ».

<p>Mediapart (1.04.2016)</p>

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