Inutiles propositions de loi sur l’euthanasie

Publié le : 17 janvier 2011

Dans Le Figaro, Louis Puybasset, professeur de médecine à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, signe une tribune où il explique pourquoi les trois propositions de lois sur l’euthanasie qui seront examinées le 25 janvier 2011 au Sénat, sont inadaptées, inutiles et dangereuses. La loi du 22 avril 2005 relative à la fin de vie et aux droits des malades donne déjà les clés de la grande majorité des difficultés rencontrées par les personnes en fin de vie : interdiction de l’acharnement thérapeutique, prise en charge de la souffrance, psychique et physique, via des soins appropriés, y compris si ceux-ci entraîne un raccourcissement de la durée de vie, possibilité pour le malade d’exprimer sa volonté par des "directives anticipées" ou de désigner une personne de confiance, décision collégiale pour chaque cas incluant les proches de la personne. Cette loi dispose aussi la possibilité d’administrer une sédation-analgésie "à un patient cérébro-lésé pour lequel un doute persisterait quant à une éventuelle souffrance après l’arrêt d’un traitement le maintenant artificiellement en vie". Louis Puybasset constate que cette loi du 22 avril 2005 qui "place la France à l’avant-garde des pays occidentaux" est encore mal connue. Les textes des propositions de loi déposées au Sénat "font appel à des critères flous": qu’est-ce qu’ "un état de dépendance incompatible avec la dignité de la personne" par exemple ? Ils contiennent, en outre, des "imprécisions redoutables" qui virent au "pur et simple sophisme quand on déclare, pour de sordides histoires d’assurance, décédé de ‘mort naturelle" un patient dont on a en fait volontairement provoqué le décès". Louis Puybasset note que si l’on appliquait la pratique de l’euthanasie telle qu’on l’observe en Hollande, cela conduirait, en France, à environ "50 décès par jour ouvrable !" Légaliser l’euthanasie serait s’engager sur "une pente glissante avec, au minimum, un risque de pression morale sur les plus vulnérables ou les plus pauvres". Ce serait bouleverser la confiance dans les médecins et professionnels de santé qui sont là pour soigner et non pour tuer, mais aussi "ignorer le poids de la culpabilité pour les générations suivantes". Pour Louis Puybasset, aucune nouvelle loi n’est nécessaire mais il faut expliquer et appliquer la législation actuelle, sans quoi l’on risquerait de passer à côté de l’amélioration légitime de l’application de la loi actuelle.

Dans Le Quotidien du médecin, Christian Hervé, professeur de médecine légale et de droit de la santé à l’université de Paris-Descartes, et Bernard Devalois, médecin en unité de soins palliatifs et ancien président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, font un constat similaire. La création d’un "droit au suicide assisté" et d’un "droit à une injection létale" demandée par ces propositions de loi est inapte à répondre à la complexité des situations de fin de vie. Selon eux, les médecins doivent mieux connaître la loi de 2005 et mieux l’appliquer. Les questions de la fin de vie et la mort ont des implications éthiques telles qu’il est inacceptable qu’elles soient simplifiées et instrumentalisées. La société peut-elle, au prétexte de l’autonomie des individus, "imposer aux médecins de les faire mourir ?" interrogent-ils. "La médecine doit s’occuper du mourir, non de faire mourir […] La nécessaire médicalisation du mourir, partie intégrante de l’accompagnement de fin de vie, est bien différente d’une médicalisation légalisée du faire-mourir". Légaliser un droit à attenter à sa propre vie par l’intervention d’un médecin irait contre "ce qui légitime la pratique médicale : la confiance accordée dans la volonté de préservation du malade". (Cela reviendrait aussi à "s’inscrire contre le rôle dévolu à la médecine, telle qu’il est prescrit depuis 2 000 ans par tous les textes d’éthique, d’Hippocrate (IVe siècle avant JC) à Maimonide (1150 après JC) et jusqu’aux actuelles décisions du Conseil de l’Europe". Une vigilance est indispensable sur la responsabilité des médecins et des citoyens quant à leur responsabilité vis-à-vis des mourants.)
 

Le Figaro 17/01/11 - Le Quotidien du médecin 17/01/11

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