“Humains génétiquement modifiés” : la condamnation molle du CCNE

Publié le 30 Nov, 2018

Alors que les réactions internationales se multiplient suite à l’annonce de la naissance en Chine de jumelles dont le génome aurait été modifié, en France, après la position permissive de l’Académie Nationale de Médecine et l’Académie des Sciences (cf. Bébés OGM : Condamnation internationale ?), le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vient de publier un communiqué[1] dans lequel il « réaffirme son opposition au transfert d’embryons humains génétiquement modifiés, telle qu’elle a été rappelée dans sa contribution à la révision de la loi de Bioéthique ». Il précise que « tout en reconnaissant l’importance de l’utilisation des techniques d’édition du génome  dans la recherche fondamentale sur l’embryon et l’utilisation de ces techniques sur des cellules non-germinales dans une perspective thérapeutique », le Comité « s’inquiète qu’une ligne rouge ait été franchie » et « se joint à la mobilisation de la communauté internationale scientifique, médicale et éthique qui condamne les travaux du Dr Jiankui HE et les conditions de leur communication ». Enfin, il appelle à la mise en place d’une « gouvernance renforcée à l’échelle mondiale la plus apte à répondre aux évolutions extrêmement rapides de ces technologies ».

 

Que faut-il comprendre se demande Jean-Yves Nau[2], journaliste et médecin ? Tout d’abord que pour le CCNE, « des embryons humains peuvent être génétiquement modifiés (à des fins scientifiques et médicales) à condition d’être ensuite détruits ».

 

Ensuite que malgré « de nombreuses barrières nationales et internationales », la « ligne rouge » a été franchie avec la naissance « inédite » d’ « humains génétiquement modifiés ».

 

Enfin, le CCNE réclame une gouvernance renforcée à l’échelle mondiale qui a jusqu’ici montré son inefficacité. Le Conseil de l’Europe, vient de publier un communiqué de presse[3], dans lequel il insiste sur « l’éthique et les droits de l’homme » qui devraient « guider toute utilisation des technologies de modification du génome chez les êtres humains ». Il rappelle la Convention d’Oviedo de 1997, qui explique que « seul instrument juridiquement contraignant au niveau international traitant des droits de l’homme dans le domaine biomédical », offre, dans ce domaine, un cadre de référence sans équivalent. Mais la convention n’a pas été ratifiée par tous les pays. Dans ceux où elle a été ratifiée, est-elle vraiment respectée ?

 

Interrogée par l’Afp, la philosophe Cynthia Fleury, membre du CCNE a déclaré : « Il est évident que tout ce qui est techniquement faisable n’est pas éthiquement souhaitable. Mais résister à cela, dans un contexte dérégulé de concurrence scientifique, est structurellement voué à l’échec »[4]. Ainsi, l’éthique est sacrifiée sur l’autel du progrès dans une véritable fuite en avant. Advienne que pourra ?

 

Finalement, les condamnations de la communauté scientifique internationale sont-elles l’écho d’une véritable sidération quant aux transgressions impliquées dans l’application à l’homme, quand on sait que ces modifications se répercuteront sur les générations à venir, d’une technique jusque-là uniquement réservée aux animaux ou aux plantes ? Ou bien…  est-ce simplement l’amateurisme de l’expérience ou de sa révélation qui choque ? Autrement dit, le tollé touche-t-il au principe même de la manipulation des embryons ayant conduit à la naissance de bébés bien réels dont la vie et la descendance seront irrémédiablement impactées, ou bien simplement au fait que l’essai soit prématuré dans le temps, l’expérience hasardeuse et qu’il ait malheureusement échappé aux conditions habituelles de l’expérience scientifique ?

 

Pour aller plus loin :

 

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