Handicap : la loi de 2005 en application

Publié le 18 Oct, 2006

Le Monde consacre un supplément aux premières applications concrètes de la loi de février 2005 sur le handicap. Sur les trois "grands chantiers" de Jacques Chirac, lancés en 2002, l’insertion des personnes handicapées est celui qui "intéresse le moins les politiques et les médias". Pour Sandrine Blanchard, c’est l’affaire Perruche qui a rouvert le débat sur les lacunes de la prise en charge du handicap en France.

Le 11 février 2005, une nouvelle loi "pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" était promulguée. Les décrets de mise en application sont parus en janvier 2006. Pour le Président de la République, "l’enjeu est de faire du handicap, qui est une réalité de la vie, une réalité pleinement reconnue par la société". Mais, pour intégrer ces personnes handicapées, la tâche est immense, parce que "le handicap expose davantage à la précarité, au chômage, à l’exclusion. Les structures d’accueil sont insuffisantes (…)".

C‘est pour cela que la loi de février 2005 prévoit, dans chaque département, la création d’une Maison des personnes handicapées. Pour Pierre Raynaud, directeur de la Maison des personnes handicapées de l’Hérault (MPHH), ces maisons doivent être un vrai lieu d’accueil et d’information. A Montpellier, la MPHH doit gérer 95 000 dossiers : informer les personnes handicapées, évaluer leurs besoins, les orienter en établissement spécialisé, en milieu protégé pour le travail…

Pour l’accès aux droits et prestations des personnes porteuses d’un handicap, les commissions départementales d’éducation spéciale (CDES) pour l’orientation des enfants handicapés et les commissions techniques d’orientation et de reclassement professionnel (Cotorep) pour les adultes ont laissé la place à la Commission des droits et de l’autonomie. Avant de passer en commission, les dossiers sont évalués sur la base du "projet de vie" de la personne. Chef du service de la gestion des droits à la MPHH, Karine Gonalens regrette la complexité et les barèmes des nouvelles prestations : "la frustration des personnes risque d’être énorme, car beaucoup ne rentrent pas dans le champ". "La prestation de compensation a été un effet d’annonce. Elle représente une goutte dans le plan de compensation, les forfaits imposés obligent à trouver d’autres financements", ajoute Fabienne Davancaze, assistante sociale. "Nous avons été largement lâchés dans la nature entre l’ambition de la loi et la vitesse de mise en place", conclut M. Raynaud.

Charles Gardou, directeur de l’Institut des sciences et pratiques d’éducation et de formation (Ipsef) de l’université Lumière-Lyon II, est conscient des limites de la mise en œuvre d’une loi aussi ambitieuse, à cause, entre autres, d’un accompagnement financier incertain. Pour lui, la loi de février 2005 doit être une étape et non un aboutissement. "Le vrai tournant aura lieu lorsque, comme en Suède, nous n’aurons plus recours à des législations spécifiques et que la dimension du handicap sera prise en compte dans le droit commun."

Face à l’oubli, la mise à l’écart, la dépréciation, la discrimination dont sont victimes les personnes handicapées, il est nécessaire de "changer de regard". "On espère une existence sans manque, sans rides, sans mort, sans handicap. On supporte mal l’imparfait, l’imprévisible. Pas surprenant alors que les plus fragiles trouvent péniblement leur place dans un paysage si sélectif", analyse Charles Gardou. Pour que le handicap ne soit plus "une honte, une souillure", il y a, selon Charles Gardou, deux priorités : amener les enfants à apprivoiser le handicap dès leur plus jeune âge et former les professionnels de tous les secteurs. "Informer, éduquer, former. C’est la seule voie, la seule œuvre utile. (…) L’ignorance est le terreau des clichés."

Ainsi, Charles Gardou souhaite-t-il créer un Institut national interprofessionnel de formation, de recherche et d’innovation, "passerelle entre les personnes en situation de handicap et celles qui ne le sont pas", pour "impliquer l’ensemble de la Cité". Cet Institut "assurerait la veille scientifique, l’impulsion en matière de recherche, de formation et la mise en circulation de pratiques innovantes", explique-t-il.

Le Monde (Sandrine Blanchard) 18/10/06

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