Grands prématurés : faut-il réanimer à tout prix ?

Publié le 9 Mai, 2006

Chaque année, naissent plus de 55 000 enfants prématurés (nés avant 37 semaines de grossesse) dont 10 000 sont des grands prématurés (nés avant 33 semaines). Ces derniers, s’ils survivent, sont souvent atteints de lourds handicaps. Dans de nombreux cas, le corps médical s’interroge sur les limites de la réanimation en néonatalogie.

Selon l’étude Epipage, "le taux de survie à l’issue de l’hospitalisation néonatale des enfants nés avant trente-trois semaines de grossesse est de 85% des naissances vivantes". "Tous les enfants nés à vingt-deux et vingt-trois semaines sont décédés. La moitié des enfants nés vivants à vingt-cinq semaines à survécu, 78 % à vingt-huit semaines et 97% à trente-deux semaines". L’enquête a également relevé l’importance des séquelles et handicaps lourds chez les survivants.

Pour le Pr Michel Dehan de l’hôpital Antoine Béclère, il est "arbitraire et contraire au développement du progrès médical" de poser des limites à la réanimation des enfants grands prématurés.

Pour le Pr Guy Moriette, chef de réanimation néonatale à l’hôpital Cochin, "c’est d’une effroyable complexité. Chaque solution a un ennui, comporte une conséquence. Il n’y a pas de bon système. Mais il y a une nécessité : dire les choses, informer les parents". Le professeur décrit "des bébés à la peau quasi translucide, d’une extrême fragilité, les paupières soudées. Enfants que manifestement on faisait souffrir avec des soins très longs. On les sauvait, ils restaient des mois en réa, mais avec quel espoir ?". Dans la décision de réanimation et de suivi des soins, la place des parents est primordiale ainsi que l’accompagnement de l’équipe médicale.

Le Pr Guy Moriette est partisan d’une limite à la réanimation néonatale. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a défini comme barrière 22 semaines et 500 gr. Pour autant, des cas de survies d’enfants nés plus tôt et encore moins lourds ont été rapportés. Le Pr Moriette et d’autres spécialistes ont tranché pour le réseau qu’ils animent et recommandent une réanimation à partir de 25 semaines. Mais ce qui inquiète le Pr Moriette c’est que ces limites "sont imposées et non pas discutées". Ainsi, dans une maternité un enfant né à 24 semaines sera réanimé, dans une autre on le laissera mourir. Que ce soit la réanimation à tout prix ou l’accompagnement en douceur vers la mort, la pratique de l’établissement doit être rendue publique et le point de vue des parents doit être pris en compte.

L‘accroissement des naissances en France – 775 000 naissances en 2000, 807 000 en 2005 – et l’augmentation du nombre de grossesses multiples (NDLR : conséquence de l’assistance médicale à la procréation) entraînent une augmentation relative de plus de  20 % du nombre de naissances d’enfants prématurés entre 1995 et 2005.

Libération (Eric Favereau) 06/05/06

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