France : changement de politique sur le sang de cordon

Publié le : 3 mars 2011

Le projet de loi sur la bioéthique a prévu de modifier le code de la santé publique afin de donner un nouveau statut au sang de cordon ombilical : il devrait passer du statut de déchet opératoire à celui de ressource thérapeutique et scientifique.

Le sang de cordon contient en effet des cellules souches d’ores et déjà utilisables en thérapie : les cellules souches hématopoïétiques permettent de soigner plus de 85 maladies, qu’il s’agisse de maladies hématologiques comme les leucémies ou les lymphomes, ou de maladies génétiques sévères (drépanocytoses ou thalassémies). Faciles d’accès, elles constituent une alternative majeure à la greffe de moelle osseuse : en France depuis 2006, on compte plus de patients ayant bénéficié d’une greffe de sang de cordon que de moelle osseuse. Dans le monde, plus de 20 000 greffes de sang de cordon ont été réalisées.

Bien que le nombre de poches transplantées augmente chaque année de 60% depuis 2003, la France a longtemps été à la traîne en matière de collecte et de conservation du sang de cordon : en 2010, elle a dû importer quasiment 2/3 des greffons. Elle a donc décidé de fournir un effort particulier pour augmenter son stock d’unités. De 3 banques et 8 maternités collectrices en 2008, elle est passée à 9 banques et 32 maternités agréées au prélèvement fin 2010. En 2013, 60 maternités intégrées au réseau français de sang placentaire devraient couvrir 20% des naissances françaises : 30 000 unités pourraient alors être conservées, contre 10 000 aujourd’hui. On estime qu’il en faudrait 50 000 pour répondre aux besoins de la population. Afin d’atteindre ces objectifs, la Fondation Générale de la Santé, émanation du premier groupe hospitalier privé, a annoncé son alliance avec l’Assistance publique –Hôpitaux de Paris (AP-HP), un partenariat privé-public sans précédent.

Cette collecte fait l’objet d’un véritable engouement : selon un sondage récent, 87% des personnes en âge de procréer seraient prêtes à faire un don du sang de cordon de leur enfant à des fins thérapeutiques et 91% d’entre elles à des fins scientifiques.

Car le sang de cordon offre également à la recherche scientifique des perspectives prometteuses. Il contient notamment des cellules souches mésenchymateuses, reconnues pour leurs multiples qualités : facilement accessibles, elles se différencient bien et sont très bien tolérées par un organisme étranger sur un plan immunologique. Elles ne posent par ailleurs aucun problème éthique. En 2009, 112 essais cliniques, dont 19 de phase I et II portant sur des applications en médecine régénérative, ont été réalisés dans le monde et ont donné des résultats sans commune mesure avec les «rares essais à base de cellules embryonnaires qui ne sont en réalité que des tests de tolérance et d’innocuité ». Des faits qui n’ont jamais été mis en avant durant les travaux parlementaires. Alors que 30% des dons seulement peuvent être retenus, après sélection, à des fins de greffe, la Fondation générale de la santé, en lien avec le laboratoire public de thérapie cellulaire de l’hôpital Saint- Louis à Paris, a créé un point d’accès permettant de distribuer à l’ensemble de la communauté scientifique les 70% de greffons non validés pour un usage thérapeutique, répartis en échantillons et préparés dans des conditions optimales.

Afin de maintenir le caractère solidaire et gratuit du don, "l’implantation de banques autologues pour un usage strictement personnel du sang de cordon devrait demeurer interdite sur le sol français. Pour autant, le système est souple puisqu’est autorisé le don dédié à l’enfant né ou au bénéfice de ses frères et sœurs en cas de nécessité thérapeutique". Notons que l’usage autologue ne fait l’objet d’aucune indication thérapeutique.

Le développement du stock d’unités de sang de cordon constitue également une alternative qui permettrait de mettre fin à la pratique du double DPI dite "bébé-médicament".

Liberté Politique (Pierre-Olivier Arduin) 01/03/11

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