France 5 : « PMA-GPA, les enfants ont la parole », une parole libérée ?

Publié le : 3 juin 2020

Quand une parole s’annonce sur le mode du « sans tabou », il y a fort à parier que la pilule sera amère. Rien n’est sans doute moins libre qu’une parole « libérée ». En tous cas, ce préambule la met au large, la critiquer n’en sera que plus sévèrement puni.

 

France 5 diffusait mardi soir un reportage sur « PMA-GPA, les enfants ont la parole ». Un reportage d’importance puisque, programmé au début du confinement, il a été, de ce fait, déprogrammé. Dans l’agenda, alors que les rapporteurs du projet de loi de bioéthique et des députés réclament avec force, depuis quelques jours, la reprise des discussions autour du projet de loi de bioéthique (cf. Loi de bioéthique, les rapporteurs écrivent au premier ministre), il tombe à pic.

 

Ces enfants ont en commun d’être nés d’une PMA ou d’une GPA et d’avoir été accueillis ou de vivre dans des couples homosexuels pour la plupart d’entre eux. D’avoir une mère, deux mères, deux mères et un père, deux pères ou des parents hétérosexuels pour Jade, 13 ans, née d’une GPA. Sa mère porteuse, Corine l’a « juste fait grandir » mais reste une amie très proche de la famille. Jade la considère comme une seconde maman à qui elle peut parler de ces questions que Jade n’ose pas aborder avec sa mère d’intention parce que « ça la rend triste ».

 

En plus de Jade, le reportage donne la parole à Sacha, 9 ans, Lou Ann, 11 ans, Kolia, 8 ans, Tom, 20 ans et se termine par le témoignage de Mathis, 18 ans, qui vient d’apprendre qu’il était né d’un don de sperme.

 

Les images sont superbes. On a, presque chaque fois, droit à la séquence émotion-photos-de-naissance, avec le débrief par les enfants de l’histoire qui les a fait naître. Des histoires d’adultes. De fait, les choix de leurs pères et mères ne semblent pas si simples à assumer pour les enfants : avec une copine, Lou Ann a fichu une raclée à un garçon qui les traitait de lesbiennes, Tom raconte les propos homophobes subis à l’adolescence, explique en avoir été « très perturbé », affirme être très fier de ses mères homosexuelles et confirme qu’il est hétérosexuel. Quand on demande à Lucie, qui est élevée par sa mère seule, qui est son père, elle répond clairement que « c’est une longue histoire », « parce que, dit-elle, je ne veux pas répondre ». Elle préfèrerait savoir que son père est mort ; elle dit : « y’a un truc spécial quand même, je n’ai pas de Papa ». Jade a un secret : « Je ne dis pas à tout le monde que je suis née par mère porteuse ». Et pour Sacha, élevé entre ses deux mamans, qui pense qu’il faut annoncer de suite la couleur au copain pour éviter les problèmes les jours d’anniversaire, ça le met en colère de devoir manifester à la gay-pride pour « avoir des droits ». Dans tous les cas, les situations présentées se vivent au mieux des accords passés entre adultes. Peut-on dire plus ?

 

La « deuxième mère » de Lou Anne, dont sa mère biologique est séparée désormais, cherche à l’adopter, une adoption simple qui ne prive pas les autres de la parentalité. Mais pour Lou Ann, « je m’en fiche complètement que tu m’adoptes ou pas, ça ne change rien dans mon cœur ». A 18 ans, Tom a demandé à Frédéric, un ami de ses deux mères, référent masculin qui l’a accompagné depuis le début, de l’adopter. Frédéric a accepté, les documents ont été établis en deux mois. Il a désormais officiellement un père.

 

La plupart des situations qui sont décrites sont des situations illégales en France. Plusieurs femmes « sont allées en Belgique » pour se faire inséminer, mais l’émission leur offre une place d’honneur à l’heure de la « PMA pour toutes » et juste avant la « GPA pour tous ».

 

Quand ça ne marche pas ? Pourquoi ? Et bien comme l’explique Lou Ann, c’est à cause du regard des autres. De tous ceux qui ne comprennent pas ces nouvelles formes de parentalité. Franchement, on aurait aimé mieux comme argument.

 

La parole de ces enfants est en otage de l’amour de ceux qui ont créé ces situations, puisque c’est bien au nom de l’amour qu’ils ont été fabriqués par les techniques de procréation. Et parce que ce sont des enfants, nous sommes à notre tour otages de leur parole. Faut-il vraiment y voir un progrès ?

 

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