FIV : vers la sélection d’ « embryons humains certifiés conformes »

Publié le : 27 septembre 2011

Sur Liberté Politique, Pierre-Olivier Arduin se penche sur les nouvelles recommandations émises par les spécialistes de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Celles-ci vont renforcer les pratiques déjà courantes de sélection et de congélation des embryons conçus par fécondation in vitro (FIV).

Ces derniers temps, les praticiens de l’AMP poursuivent l’objectif d’améliorer la taux de naissance après FIV tout en diminuant les grossesses multiples qui en sont souvent issues et qui présentent des risques de complications pour les mères et les enfants. Il est actuellement recommandé de limiter le transfert d’embryons à 2 conformément au guide des bonnes pratiques édicté par l’Agence de la biomédecine, paru par arrêté ministériel en 2008. Malgré cette limitation, la proportion de naissance de 2 enfants voire 3 après transfert de 2 embryons est resté élevé. Cela a amené les spécialistes à travailler sur les meilleurs protocoles permettant d’implanter un seul embryon à chaque transfert sans toutefois réduire le taux de naissances obtenu.

De nombreuses équipes, au niveau international, se sont penchées sur la question. En France, le Pr Pierre Jouannet prône un changement des pratiques dans ce sens, c’est-à-dire le transfert d’un embryon unique pour chaque cycle de FIV.  A première vue, cette option pourrait paraître avantageuse d’un point de vue éthique : en plus de réduire les grossesses gémellaires, elle diminuerait aussi le nombre d’embryons conçus in vitro et donc le stock d’embryons congelés. On pourrait penser qu’un ovocyte à la fois sera fécondé avant d’être immédiatement transféré dans l’utérus de la mère, l’opération étant renouvelée en cas d’échec. En réalité, ce raisonnement est "aux antipodes des recommandations émises par les spécialistes de la médecine procréative".

En effet, afin de pallier la moindre efficacité du taux de naissance obtenu après transfert d’un seul embryon par rapport à celui de 2 embryons, les praticiens ont développé une méthode appelée "transfert sélectif d’un embryon unique" ou elective single embryo transfer (e-SET), laquelle est recommandée par le Pr Jouannet. En cas d’échec de l’implantation, le transfert sélectif d’un embryon supplémentaire, préalablement congelé, est effectué. L’e-SET fait appel à une sélection drastique des embryons et n’assure en rien une diminution du nombre d’embryons congelés, puisque des embryons sélectionnés sont conservés en réserve en cas d’échec du premier transfert. Afin d’obtenir un taux de naissance similaire à celui qui est observé après implantation de 2 embryons, le transfert sélectif d’un embryon unique requiert d’identifier à tout prix "l’embryon ayant les meilleures chances de conduire à la naissance d’un enfant en bonne santé". Cette procédure requiert autrement dit d’améliorer "l’évaluation de la qualité embryonnaire". Celle-ci ne se fera bientôt plus selon les critères habituels de l’observation au microscope de la morphologie de l’embryon. De nouvelles "techniques de vidéo-microscopie" sont mises au point pour suivre en continu le développement des embryons placés dans des enceintes de culture. Le Pr Jouannet parle également de "microtechniques permettant de caractériser les propriétés métaboliques, transcriptomiques, protéomiques et épigénétiques de l’embryon préimplantatoire, qui permettront d’identifier encore mieux les embryons les plus aptes à se développer normalement". Il s’agit clairement d’utiliser le maximum de marqueurs permettant d’examiner en détail chaque embryon afin de ne conserver que ceux qui sont considérés comme les plus aptes et d’éliminer par avance tous ceux qui sont jugés déficients. Le CHU de Nantes s’est ainsi doté depuis février 2011 d’un appareil d’incubation high tech destiné à examiner les embryons dès les premiers instants de leur développement (Cf. Synthèse de presse du 25/03/11). Les embryons sélectionnés pourront aussi être étiquetés afin d’être identifiés. En Espagne, une équipe a mis au point un code-barre miniaturisé permettant répertorier les embryons (Cf. Synthèse de presse du 10/12/10).

Le tri ainsi effectué parmi les embryons, via ces nouvelles techniques, ne met aucunement fin au sacrifice de nombreux embryons conçus dans le cadre de l’AMP. En outre, ces technologies s’accompagnent d’une méthode de congélation efficace. Alors que la technique classique de congélation et décongélation entraîne la perte d’un certain nombre d’embryons, la vitrification, technique de congélation ultra-rapide, permet un taux de survie des embryons très supérieure. La vitrification embryonnaire est déjà appliquée en France depuis novembre 2010 et les premières naissances obtenues après vitrification embryonnaire en France ont été annoncées le 8 août 2011 (Cf. Synthèse de presse d’août 2011). 

Disposant de l’embryon comme d’un objet produit, ces nouvelles techniques de procréation assistée expose de plus en plus l’embryon à "un contrôle qualité toujours plus poussé", observe Pierre-Olivier Arduin. Associée à la vitrification embryonnaire, l’e-SET  "aggrave le traitement purement instrumental des embryons" humains. En triant ceux-ci "pour extraire celui qui sera jugé meilleur que les autres, en disqualifiant les êtres humains qui ne satisfont pas les normes émises par les sociétés savantes, l’assistance médicale à la procréation est devenue une pratique intrinsèquement eugéniste".

Liberté Politique.com (Pierre-Olivier Arduin) 22/09/11

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres