Fin de vie : Olivier Falorni auditionne des experts avant l’examen de son texte [2/3]

Publié le 29 Mar, 2021

Le 8 avril, les députés débattront de la proposition de loi « donnant droit à une fin de vie libre et choisie » déposée par Olivier Falorni. Malgré le rejet d’un texte similaire au Sénat mi-mars (cf. Le Sénat rejette l’euthanasie, le gouvernement fait des annonces), le militantisme euthanasique avance.   En prévision des débats, Olivier Falorni a mené durant trois jours des auditions d’intervenants de tous bords. Gènéthique reproduit ici les contributions de la délégation de la Fondation Jérôme Lejeune, entendue le 24 mars.

 

Contribution du Professeur Xavier Ducrocq, Chef du Service de Neurologie du CHR de Metz-Thionville 

Je remercie M. Falorni de me donner l’occasion de m’exprimer sur la proposition de loi donnant droit à une fin de vie libre et choisie.

Je le ferai sur le fondement de mon expérience professionnelle, des valeurs professionnelles auxquelles je suis attaché, enfin de mon implication dans « l’affaire Vincent Lambert », à laquelle j’ai été intimement associé comme Conseil médical des parents de Vincent Lambert.

Plus de trente années d’exercice en CHU et de 6 années en CHR m’ont confronté à la fin de vie, en particulier dans le cadre des Accidents vasculaires cérébraux (AVC), 3ème cause de mortalité en France, et des maladies neurologiques dégénératives, dans laquelle la mort s’annonce souvent de façon plus progressive et prévisible. S’il y a place à développer une prise en charge palliative parfois très tôt, sinon de façon exclusive, en revanche la nécessité d’un recours à une mort provoquée ne s’est jamais imposée. Les exceptionnelles demandes d’abréger l’évolution terminale ont toujours émané de l’entourage, jamais du patient lui-même, ou, en tout cas, jamais de façon durable, une fois la source de souffrance identifiée et résolue.

A ce titre le contraste entre le plébiscite de certains sondages en faveur d’une mort médicalement assistée, apparait dans la réalité non fondée. Combien de fois me suis-je demandé : « Mais où vont mourir ces 95% de Français qui se diraient favorables à l’euthanasie ? ». Cet abîme entre la réflexion et la réalité traduit bien l’inanité d’une telle question. Preuve encore que la peur de la mort engendre la peur de la vie, laquelle engendre des souffrances et des peurs pires encore.

Pour ce qui est des valeurs, je m’appuierai sur la Médecine hippocratique, le serment médical, qui guide l’exercice de l’art médical entre Charybde et Scylla, entre l’illusion d’une maitrise totale de la vie – laquelle conduit à l’obstination déraisonnable – et la maitrise totale de la mort – laquelle passe par le suicide assisté et l’euthanasie -. « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas les agonies. Je ne provoquerai jamais délibérément la mort. » Tels sont les termes du serment médical. Si la légalisation de l’euthanasie semble aider certains à conjurer leur peur de la mort, -en fait, peur de la douleur, de la souffrance, de l’étouffement, de la solitude, de l’abandon, de l’inconnu, …- la mort provoquée n’est certainement pas La réponse, mais bien plutôt un accompagnement humain et une maitrise des techniques médicales qui n’ont jamais été autant développées pour lutter efficacement contre les symptômes de la fin de vie. Encore faut-il que ces moyens soient suffisamment alloués, proposés, maitrisés par le corps soignant.

Sur ce plan encore, j’ai l’impression qu’on ne réalise pas, mais pas du tout, ce que l’on demande aux médecins, lorsqu’on les assigne à provoquer la mort. C’est totalement contraire à leur mission, à leur vocation, à leur déontologie. Cela ne fait pas partie du métier. Pas plus que pour un pompier ou un thanatopracteur, ou je ne sais qui encore ! pourquoi vouloir confier à des médecins la mise en œuvre d’une demande sociétale et non médicale ?

Enfin je voudrais exprimer mon amertume suite à la mort provoquée de M. Vincent Lambert. Sorti de la sidération provoquée à l’issue de 7 années de procédures judiciaires, qui n’auraient jamais dû être, et qui ont fini par justifier la légalité de cette mort, il est possible d’en tirer quelques enseignements. Celui sur lequel je conclurai concerne le pressentiment que cette histoire soit la caricature de ce qui adviendra en cas de légalisation de la mort provoquée. Cet homme a été condamné, légalement, à mort, bien que non malade, ni en fin de vie, et alors que sa nutrition, certes artificielle, mais peu contraignante, ne posait aucun problème. Cet homme était sévèrement handicapé, d’un handicap stable. Bien que professionnel de santé, il n’avait pas exprimé de directives anticipées. Une loi de 2002 définit les soins que son état justifie. Or, parce que sa mort a été décidée, il a été délibérément privé de ces soins, pendant 7 ans ! Ce que l’on peut qualifier de maltraitance. Qui s’en est inquiété ? A quoi bon se dépenser en soins et gaspiller les ressources financières allouées à la santé dès lors que la mort est programmée ?

A nos yeux cette loi est tout sauf une loi de liberté.

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